SHERBROOKE - L’industrie et le gouvernement ont mal évalué les profits potentiels liés à l’exploitation du gaz de schiste au Québec : ils ont oublié la colonne des dépenses.
C’est du moins l’opinion de Luc Savard, professeur au département d'économie de la faculté d'administration de l'Université de Sherbrooke.
«Ils ont utilisé un outil qui est en mesure d’évaluer principalement les bénéfices, sans tenir compte des coûts», a affirmé M. Savard qui est aussi directeur du Groupe de recherche en économie et développement international (GREDI).
Par exemple, a-t-il expliqué, la méthode utilisée suppose que tous les emplois créés seront occupés par des chômeurs ou par des gens provenant de l’extérieur de la province. Ainsi, 100 % des nouveaux emplois seraient occupés par 100 % de nouveaux travailleurs.
«Dans les faits, ce sont des travailleurs qui vont venir d’autres secteurs, comme le transport ou la construction. Ce sera en grande partie un déplacement de main-d’œuvre», a expliqué M. Savard.
Selon Luc Savard, le même phénomène va se reproduire pour ce qui est des investissements. «Ils supposent que les investissements viennent du ciel. Par exemple, si le Fonds de la FTQ décide d’investir 200 millions $ dans le projet d’exploitation, c’est tout simplement une somme qui n’ira pas dans un autre secteur de l’économie québécoise. Donc, avec ce mécanisme d’évaluation, on gonfle les résultats positifs.»
Les coûts liés au transport et au traitement des eaux usées n’ont pas été comptabilisés dans l’évaluation d’éventuels profits. «Il y aura certainement un coût pour les infrastructures qui vont se détériorer beaucoup plus rapidement. De plus, les coûts environnementaux n’ont pas été évalués», a ajouté M. Savard.
Au Québec, il existe des outils et des spécialistes qui permettraient de procéder à une analyse plus riche et plus complète que celle qui a été réalisée par l’industrie, pense Luc Savard. «De plus, le cadre réglementaire en vigueur inquiète bien des gens. En gros, la loi sur les mines est extrêmement permissive. Elle permet aux exploitants de faire à peu près tout ce qu’ils veulent. Selon moi, il faudrait prendre de trois à cinq ans pour bien faire les choses et mettre en application de nouvelles normes.»
À vouloir faire les choses trop vite, le gouvernement du Québec a déjà perdu beaucoup d’argent, d’après M. Savard. «Les droits d’exploration ont rapporté 1,5 million $. En Colombie-Britannique, c’est 800 000 $ qui sont allés dans les coffres de la province. C’est de l’argent que nous ne pourrons jamais plus récupérer», a-t-il précisé, en ajoutant que le gouvernement pourrait être tenté d’imposer un moratoire.