MONTRÉAL - L’industrie du gaz de schiste, qui essuie le feu de nombreuses critiques, serait-elle en train de contre-attaquer? Toujours est-il que ceux qui ont pour mission de défendre sa cause se sont montrés plus agressifs, ces derniers jours.
Après la charge de la ministre des Ressources naturelles Nathalie Normandeau contre « la désinformation » pratiquée par certains opposants au gaz de schiste, voilà qu’un des joueurs majeurs du secteur s’attaque aux journalistes, accusés eux aussi de ne montrer qu’un seul côté de la médaille.
C’est ce qu’on peut lire sur le blogue du président et chef de la direction de Questerre Michael Binnion. Ce journal en ligne a été lancé début janvier par la compagnie de Calgary, qui convoite l’exploitation du gaz de schiste dans la Vallée du Saint-Laurent.
Mais, alors qu’il se montrait plutôt doucereux au départ, M. Binnion a choisi un ton plus agressif pour signer ses derniers billets.
Le président de Questerre donne notamment sa propre définition des «5 C» du journalisme, un pastiche des fameux «5 W» («Where, Who, Why, When, What» ou «quoi, qui, quand, comment, où») auxquels les journalistes doivent s’efforcer de répondre dans leur travail.
Selon M. Binnion, les journalistes ne pratiqueraient donc pas les « 5 W », mais les « 5 C » en provoquant « la confusion, la controverse, le conflit et le chaos ».
«Et n’oublions surtout pas qu’ils ne savent pas compter», conclut le président du groupe pour ajouter le cinquième «C» qui manquait à sa définition.
Rencontré avant une séance d’information à Saint-Édouard, lundi, M. Binnion a tenu à préciser sa pensée. «Ce n’est pas une attaque envers le travail des journalistes. Ils ont un travail à faire et je le respecte. C’était une simple blague pour attirer l’attention sur mon point principal. Il faut savoir qu’il faut rire de soi», a-t-il souligné.
M. Binnion affirme qu’il souhaitait attirer l’attention sur les mémoires déposés au BAPE et qui étaient plutôt favorables à l’industrie gazière. «C’est mieux que ce qu’on pensait. Cela nous montre qu’il y a un appui dans la population envers notre industrie», a conclu M. Binnion.
Selon le professeur et spécialiste de l’image Bernard Motulsky, c’est une mauvaise idée que de s’attaquer aux journalistes : «Lorsque notre message ne fonctionne pas, c’est assez facile d’attaquer les journalistes et ce n’est pas une bonne stratégie. Mais l’idée du blogue n’est pas mauvaise.»
M. Motulsky croit que l’industrie part de très loin et devra «investir davantage dans la communication» pour faire comprendre son message. «On a l’impression que ce sont les opposants qui ont monopolisé l’attention médiatique», affirme-t-il.
Dans son blogue, M. Binnion explique aussi que Questerre a récemment scruté les 201 mémoires déposés au Bureau d’audiences publiques en environnement (BAPE).
«Nous sommes ravis de constater que 61 de ces mémoires s’expriment en faveur de l’exploration du gaz naturel des schistes de l’Utica dans les basses terres du Saint-Laurent. Et sur ces 61, moins de 20 proviennent de l’industrie ou de chambres de commerce», a affirmé le patron de Questerre.
Selon ce décompte, 88 mémoires étaient contre le développement du gaz naturel de l’Utica, ce qui est bien moins que 50 % de l’ensemble des documents déposés.
Selon M. Binnion, les médias filtrent l’information et ne parlent que des mémoires déposés au BAPE qui se prononcent en faveur d’un moratoire, ou de ceux qui ont été constitués par l’industrie ou les chambres de commerce.
Cette sortie, datée du 11 janvier, précédait celle très remarquée de vendredi lorsque Nathalie Normandeau s’était insurgée contre certains opposants à l’exploitation du gaz de schiste.
«Écoutez, une vache émet plus de CO2 dans l'atmosphère qu'un puits. Je veux dire, c'est factuellement prouvé», a déclaré la ministre à un groupe de journalistes. Une déclaration qui a fait bondir plusieurs écologistes.