Des requins rôdent dans le Saint-Laurent

Port-Cartier

auline Lebel pose près des deux requins maraiches mardi au large de Port-Cartier. ©Agence QMI

Le travail quotidien de trois pêcheurs de Port-Cartier sur la Côte-Nord a pris une tournure des plus surprenantes cette semaine. En trois jours, ils ont attrapé quatre requins.

C’est en inspectant leurs filets à morues situés à 10 km de la côte dans le golfe du Saint-Laurent que les frères Jean-Yves, André et Michel Mercier ont découvert ces dangereux prédateurs. Mesurant deux mètres et pesant près de 91 kg (200 lb) chacun, ces quatre requins maraîches ont dévoré les morues et ont fait des dommages importants dans les filets avant de se prendre dans les maillons.

Selon Jean-Yves Mercier, les deux premiers monstres capturés étaient un mâle et une femelle. «Leurs dents mesurent au moins 1,5 cm. Elles sont pointues comme des aiguilles.»

D’après son épouse, d’autres pêcheurs de la Côte-Nord ont fait des prises similaires. «J'ai parlé à l'épouse d'un pêcheur de la Basse-Côte-Nord la semaine dernière. Son mari en a attrapé cinq en deux jours. C'est donc dire qu'il y en a beaucoup et qu'ils viennent très près des côtes. Le filet de mon mari est à moins de six milles de terre. Il en est même venu dans les filets à harengs qui sont encore plus près», a affirmé Chantal Blais, visiblement inquiète de la situation.

Des requins dangereux

Non loin de là, dans le secteur de Rivière-Pentecôte, lundi, Rock Jean, a lui aussi eu la surprise de sa vie en faisant sa tournée quotidienne. Le pêcheur a découvert un requin mesurant 2,4 m (huit pieds) et pesant près de 136 kg (300 lb) dans son filet à harengs à un kilomètre de la côte. «Je démêlais mon filet lorsque j’ai aperçu les ailerons, puis les ouïes, puis la mâchoire, je me suis dit, wow, un requin», a-t-il expliqué.

Pêche et Océans Canada a confirmé qu’il s’agit d'un requin maraîche, une espèce menacée qui vit en eau froide en surface et non loin des côtes en raison de son alimentation. Également appelé veau de mer ou requin-taupe, il a un caractère agressif et peut constituer un danger pour l’être humain.

«Ce grand pélagique ou requin, vit dans les eaux froides de l’Atlantique -Nord. C’est son habitat naturel ici, il n’était pas du tout égaré lorsqu’il s’est pris dans le filet», a expliqué un porte-parole d’Océans et Pêches Canada, en parlant de la prise de M. Jean.

Ce genre de requin se nourrit de hareng, morue, maquereau, merlan et autres poissons plus petits que lui. S'il se sent menacé, il charge pour se défendre. Sa vitesse peut atteindre 30 km/h, il a une mâchoire extrêmement puissante.

Le spécialiste considère qu’en raison de la rareté de l’animal, il n’y a pas de danger pour les résidants de la région. «C’est un hasard que ce requin s’est pris dans le filet, car il y en très peu», a-t-il ajouté en entrevue, mardi. Depuis que les frères Mercier ont fait leur pêche miraculeuse de quatre prises, un autre requin a également été capté non loin de Matane en début de semaine.

À Rivière-Pentecôte, les résidants qui aiment se baigner dans le fleuve sont inquiets. «On va se baigner dans des eaux peu profondes, on va augmenter la surveillance», dit Rock Jean.

Sur une note plus légère, Jean-Yves Mercier explique qu'il va partager son trophée de pêche et que de nombreuses personnes auront la chance de goûter au requin maraîche, l’un des rares requins dont la chair est exploitée en cuisine.


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