MONTRÉAL - La forêt québécoise n’est pas surexploitée et le territoire de la province ne vit pas une période de déforestation, selon le forestier en chef du Québec, Pierre Levac.
Ces deux importantes conclusions sont tirées du Bilan d’aménagement forestier durable au Québec 2000-08 que le spécialiste a déposé jeudi.
Le document de 290 pages se penche sur 23 critères d’aménagement, de l’environnement à l’économie. Ce premier bilan doit servir de référence afin de mesurer l’évolution des terres forestières québécoises.
Selon Pierre Levac, les engagements du gouvernement envers l'aménagement durable vont dans la bonne direction. Mais il est encore trop tôt pour crier «mission accomplie».
Certains commentaires sont révélateurs quant à la connaissance que l’on a du secteur. «Je constate que la forêt se renouvelle et que les volumes de bois se maintiennent. Cependant, les données ne sont pas suffisantes pour que l’on puisse caractériser adéquatement l’ensemble des composantes de la forêt.»
Le bilan ajoute que «les écosystèmes forestiers sont modifiés: la forêt rajeunit et devient de plus en plus morcelée; la structure des peuplements est simplifiée et leur composition change. Ces changements sont préoccupants, mais ne semblent pas alarmants pour l’instant.»
Pierre Levac craint que l’on ne se préoccupe pas suffisamment de l’effet des changements climatiques. «Le gouvernement doit poursuivre ses efforts pour mettre au point des pratiques qui contribuent à la séquestration des gaz à effet de serre. De plus, il doit approfondir sa compréhension des impacts potentiels de ces changements sur les forêts et sur les pratiques forestières.»
L’expert demande au gouvernement de lui donner un coup de main afin de réunir davantage d’information. Il espère aussi que les programmes gouvernementaux puissent être mieux suivis et évalués.
Peu de réponses
Mélissa Filion, porte-parole pour les dossiers forestiers pour Greenpeace à Montréal, pense que «le gros problème au Québec n’a jamais été la déforestation».
«De ce côté, le forestier en chef nous en apprend peu, réagit-elle. Le gros de la déforestation se trouve plus en Amazonie et en Indonésie, où l’on rase des forêts tropicales pour en changer la vocation.»
Mme Filion estime que le rapport laisse beaucoup d’interrogations sans réponses. «Le bilan ne nous donne pas beaucoup d’informations sur la qualité de nos forêts. Il y a aussi un manque d’information du gouvernement.»
«Avec la somme des perturbations naturelles et créées par l’homme, ajoute-t-elle, dépassons-nous le rythme de renouvellement des forêts? Il n’y a pas de réponse là-dessus.»
Greenpeace voit dans le bilan la confirmation de plusieurs de ses constatations passées. Remarquons le manque d’aires protégées en forêt boréale commerciale et un manque de considération pour l’impact de l’aménagement forestier sur la faune, touchant des animaux comme le caribou.
«Le gouvernement du Québec doit prendre conscience des enjeux et identifier ses priorités», souhaite Mélissa Filion.