Avec ses deux sites en exploitation, deux projets en cours de réalisation et plusieurs terrains loués au gouvernement albertain pour du forage exploratoire, Total peut espérer tirer un minimum de 5 milliards de barils de pétrole des sables au cours de cette période.
Total a déjà investi 6 milliards $ au Canada par l'intermédiaire de sa filiale Total Canada et projette d'investir 20 milliards $ dans les sables bitumineux au cours des 20 prochaines années.
Paul Desmarais Jr, président du conseil et co-chef de la direction de Power Corporation, siège depuis 2002 au conseil d'administration de la pétrolière Total. Il en est le seul membre canadien. Power, par l'intermédiaire de son holding d'investissement Pargesa, détient une participation majeure dans le Groupe Bruxelles Lambert (GBL), le plus important actionnaire individuel de la pétrolière Total.
La Presse défend les sables
Dans la foulée du sommet de Copenhague, l'exploitation des sables bitumineux au Canada et la volonté du gouvernement Harper de limiter au minimum les objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre, la position du journal La Presse a attiré l'attention.
Le journal de l'empire Power a vertement critiqué le premier ministre du Québec, Jean Charest, après que celui-ci eut remis en question la position d'Ottawa sur ses objectifs de réduction, l'enjoignant à «aller plus loin».
L'éditorialiste en chef de La Presse, André Pratte l'a notamment accusé Jean Charest d'être irresponsable et d'avoir tenu des propos «consternants». La chroniqueuse Lysiane Gagnon a qualifié l'attitude du premier ministre de «franchement puérile», soutenant que les sables bitumineux payaient les garderies et les universités québécoises. Puis, hier, le chroniqueur Alain Dubuc en rajoutait, reprochant à M. Charest de se livrer à un «provincialisme primaire».
D'ailleurs, en après-midi, hier, alors qu'il se préparait à quitter Copenhague, Jean Charest a nuancé son discours. «La position fédérale a évolué dans la dernière année, il faut le noter pour être équitable», a déclaré M. Charest.
Michaud n'est pas surpris
Yves Michaud, qui dénonce depuis plusieurs années l'utilisation que Power Corporation fait de ses journaux, avoue ne pas être surpris par ces prises de position soudaines de La Presse en faveur de l'exploitation des sables bitumineux.
«Ils n'ont même besoin de le demander. La Presse sait très bien ce qu'elle doit faire pour protéger les intérêts de ses patrons», soutient M. Michaud, qui mène une bataille pour obtenir, à titre d'actionnaire de Power, la divulgation des états financiers des filiales comme Gesca, l'entreprise qui regroupe des journaux de Power.
À son avis, les questions environnementales ne sont pas une priorité pour Power Corporation.
* Le porte-parole de Power Corporation n'a pas répondu à notre appel, hier.
* Power détient 50% du holding Parjointco, dont la filiale Pargesa détient à 50 % le Groupe Bruxelles Lambert (GBL). GBL est le plus important actionnaire de Total, contrôlant 4% des parts.