Parce qu'ils ont besoin de multiples accès à l'eau pour pratiquer leur activité, les véliplanchistes sont peut-être les meilleurs chiens de garde de l'accessibilité aux plans d'eau de la région de Montréal.
«Ça serait ridicule qu'on perde tous ces accès à nos plus beaux plans d'eau du sud du Québec parce que personne ne s'en serait rendu compte », lance Guy Trudeau, un des maniaques de planche à voile qui pratique son sport avec passion, particulièrement à cette période-ci de l'année.
Lui et son groupe de fanatiques font littéralement la chasse au vent.
Là où on annonce quelques rafales, lui et son groupe se mettent en direction pour quelques heures de plaisir sur les vagues.
«On a perdu beaucoup d'adeptes du sport il y a quelques années, parce qu'on attendait le vent à des endroits où il ne venait pas toujours. Aujourd'hui, explique-t-il, on s'en va où le vent se trouve, quitte à parcourir parfois de grandes distances.»
À l'ère des communications
Grâce à Internet, qui permet une information météorologique presque instantanée, mais aussi à l'aide de ces formidables outils de communication que sont les sites Web et les groupes sociaux sur Facebook ou Twitter, ces chasseurs de vents se donnent rendez-vous là où la force éolienne sera de la partie.
Leur problème, c'est qu'il n'y a plus nécessairement d'endroit de mise à l'eau là où se pointe le vent.
Les terrains riverains sont vendus, transformés en sites immobiliers, barricadés ou destinés à d'autres intérêts privés.
Peu à peu chaque année
Bref, personne ne semble trop s'en rendre compte, mais au fil des ans, ces plans d'eau qui appartiennent théoriquement à la communauté deviennent de moins en moins accessibles à Monsieur Tout-le-Monde.
Dans la région métropolitaine, note Guy Trudeau, «des endroits ont été fermés à La Prairie, à Pointe-Claire sur le bord du lac Saint-Louis et, plus à l'ouest, dans la baie de Valois, près de Vaudreuil-Dorion, pour ne nommer que ceux-là.
«C'est toute une perte pour notre société», dit-il.
Tout un équipement est nécessaire pour pratiquer la planche à voile, c'est pourquoi les véliplanchistes ont besoin d'un accès près de l'eau. Guy Trudeau suit les vents avec ses trois planches et cinq voiles, histoire de pouvoir s'adapter au type de conditions.
Des chasseurs de vents
Pour ce professeur de niveau secondaire âgé de 41 ans, qui figure parmi les cinq meilleurs champions amateurs du Canada, la planche à voile est une activité saine et formatrice qui deviendra de moins en moins accessible si personne ne soulève le problème des accès à l'eau.
«On parle de décrochage scolaire depuis des années et rien ne s'améliore. Il n'y a pas si longtemps, on disait »allez jouer dehors» et maintenant on parle de méga complexe sportif intérieur.»
«En tant qu'enseignant et sportif passionné, poursuit-il, que dire aux jeunes aujourd'hui ? Restez chez vous et jouez avec votre Wii ?»
Vive le vent du Québec !
L'eau est froide, mais les vêtements nautiques d'aujourd'hui permettent à des amateurs comme Guy Trudeau de pratiquer leur activité lors des grands vents d'automne.
«Le printemps, c'est plus dans la région de Québec, mais l'automne, c'est près de Montréal que ça se passe», dit-il.
Selon lui, après la côte ouest américaine et surtout en Oregon, le Québec est le meilleur endroit pour pratiquer la planche à voile, à condition que les amateurs puissent avoir accès aux plans d'eau, cependant.
«C'est une chance qu'on a et peu de gens s'en rendent compte ici», note Guy Trudeau.
«La planche à voile va encore exister dans 100 ans, mais ce qui me fait peur, c'est qu'il n'y ait plus suffisamment d'accès aux plans d'eau.»
Une chance méconnue
Lui et d'autres voient ce qui se passe ailleurs dans le monde et pensent que le Québec est en train de rater le bateau en privatisant ses berges.
«Je vais au Costa Rica chaque année depuis cinq ans, dit-il, et même si c'est un pays plus pauvre, il a conservé beaucoup plus de rives qu'ici. Dans 100 ans, on pourra encore accéder à l'eau là-bas alors qu'ici, je ne sais pas...»