La Terre, selon les Premières Nations

Planète verte - La Terre, selon les Premières Nations

Ayoub Ansari

À la suite des célébrations du Jour de la Terre, le 22 avril, il est important de mentionner que s'il y a un groupe qui a fait des efforts pour garder la planète verte avant que cela devienne à la mode, ce sont bien les autochtones.

Alors qu'ils étaient autrefois considérés comme des arriérés refusant de s'adapter aux modes de vie contemporains, leur philosophie est aujourd'hui grandement appréciée. «Les aborigènes ont raison: nous sommes la Terre, créés comme tout le reste à partir des quatre éléments sacrés, soit l'eau, l'air, le feu et la terre», soutient l'environnementaliste réputé mondialement David Suzuki, dans son livre The Sacred Balance : A Visual Celebration of Our Place in Nature.

«Si nous réfléchissons en ces termes à la crise environnementale, cela nous oblige à y répondre de manière totalement différente.» Bien qu'il s'appuie sur la science, le livre de l'environnementaliste se base sur la tradition aborigène, de même que sur l'enseignement islamique, pour expliquer comment nos corps physiques sont composés de ces éléments.

AMÉLIORER LA COMPRÉHENSION

Ce message a une résonnance bien particulière chez Cynthia Wesley-Esquimaux, professeure en études autochtones, qui dirige un programme appelé Canadian Roots. Ce programme vise à améliorer la compréhension entre les peuples autochtones et non autochtones.

Elle amène régulièrement des groupes d'étudiants dans diverses réserves à travers le pays pour leur faire expérimenter le mode de vie autochtone. Selon elle, tous les autochtones révèrent la Terre mère et se sont engagés dans différentes activités pour célébrer le Jour de la terre. «La plupart d'entre eux emmènent leurs enfants à l'extérieur et font des nettoyages communautaires ce jour-là», dit-elle. Ils ramassent également les déchets accumulés au cours de l'hiver, font des cérémonies printanières - qui dépendent de leurs pro-pres pratiques -, participent à des marches et se rebranchent sur la terre. «D'autres font aussi du ménage intérieur, utilisant des racines printanières pour fabriquer des boissons curatives qui nettoient le foie et les intestins», souligne Mme Wesley-Esquimaux.

«CONSERVER UNE CEINTURE VERTE»

D'après elle, si on devait ne retenir qu'un message des autochtones, ce serait «qu'il ne faut pas absolument tout développer. Cela vaut la peine de conserver une ceinture verte». Même si la communauté décide de développer un terrain, elle respecte un important principe, selon Mme Wesley-Esquimaux. C'est le principe des sept générations, qui prend en compte les impacts des choix faits aujourd'hui sur les sept générations suivantes.

Kurt Grimm, professeur en sciences de la terre et des océans à l'Université de Colombie-Britannique, déplore le fait que nous consommons la nature plus rapidement qu'elle ne se régénère. À l'opposé, les autochtones vénèrent la nature. «Ils considèrent la nature comme étant à l'image du créateur», précise M. Grimm.

Bien que Mme Wesley-Esquimaux réside près du lac Simoe, elle ne peut boire une seule gorgée de cette eau parce que le lac est pollué. La plupart des gens se préoccupent d'avoir des usines de traitement d'eau alors que la contamination de l'eau est le principal problème auquel font face les populations autochtones, selon elle.

LA GRANDEUR DE LA CRÉATION

«L'idée, ce n'est pas d'avoir de l'eau potable grâce à des usines de traitement d'eau, mais de ne pas polluer l'eau en premier lieu», fait-elle remarquer.

D'après Mme Wesley-Esquimaux, les autochtones saisissent l'importance de l'intégrité de l'eau, de l'air et de la terre. Joséphine Mandamin, une grand-mère anishnabe résidant en Ontario, a initié il y a six ans une Marche de grand-mère afin de mettre en lumière la question de l'eau potable. Elle s'est fixé pour objectif de marcher tout autour des Grands Lacs et a ainsi parcouru 17 000 kilomètres.

Selon M. Grimm, le modèle industriel alternatif s'effondre parce que «nous ne pensons qu'à domestiquer et à maîtriser la terre».

La culture autochtone, par contre, n'est pas une forme différente de paganisme, mais une sorte de vénération et de soumission à la grandeur de la création, à titre d'adhérant à la communauté humaine.

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LA SAGESSE DES AÎNÉS

Les scientifiques donnent de plus en plus de crédit au savoir traditionnel des autochtones transmis oralement, de génération en génération. Ainsi, des experts d'Environnement Canada consultent régulièrement les aînés sur l'évolution des différentes espèces et sur le climat.

Voici quelques résultats de ces rencontres entre les chercheurs d'Environnement Canada et des aînés des Premières Nations:

  • À l'aide de cartes, les aînés ont aidé les scientifiques à comprendre l'écosystème aquatique du nord de l'Alberta.

  • Les aînés du Yukon ont aidé les biologistes à établir que la truite Dolly Varden était en péril.

  • Au Nunavut, le savoir des aînés sur les phoques, les ours blancs et le comportement des glaces jette un éclairage sur les effets du changement climatique et des contaminants sur la région.

  • En 2001, les autochtones ont permis de confirmer une réduction du nombre de mouettes blanches dans le nordouest de l'île de Baffin.

  • Des autochtones servant de guide aux scientifiques dans les Territoires du Nord-Ouest ont éclairé ces derniers sur la santé et l'environnement du poisson dans la région.

Traduit par Agence QMI


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