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Les pesticides au ban

L’Ontario se joint au mouvement pour des pelouses et jardins verts

David Suzuki-Faisal Moola
19/03/2009 11h54 

Les pesticides au ban - L’Ontario se joint au mouvement pour des pelouses et jardins verts
 

En 1939, la découverte du DDT par le chimiste suisse Paul Mueller, inventé pour tuer les insectes nuisibles, a été acclamée comme une percée importante.

Le docteur Mueller a remporté le prix Nobel en 1948 pour son œuvre et le DDT est devenu le pesticide le plus utilisé dans le monde durant les années 1950. Des années plus tard, les scientifiques ont appris que le DDT s’était répandu dans la chaîne alimentaire, nuisant ainsi aux poissons, aux oiseaux, aux humains et aux autres espèces vivantes.

Avons-nous appris la leçon? L’usage de pesticides chimiques s’est accru de plus de 600% durant la dernière moitié du 20ième siècle. Même si près d’une dizaine d’années se sont écoulées au cours du 21ième siècle, nous déversons encore des millions de litres de dangereux pesticides dans notre nourriture, nos cours d’école, nos pelouses et nos forêts aménagées. La plupart de ces pesticides aboutissent dans notre air et notre eau – et pénètrent en nous, par conséquent. Tous les Canadiens transportent des pesticides dans leur corps.

Mais cela pourrait bien changer. Nous utilisons encore beaucoup de pesticides, habituellement pour de moins bonnes raisons que celles visant à se débarrasser d’insectes porteurs de maladies. Nous vaporisons toutes sortes de produits chimiques autour de nous en pensant que ceux-ci vont permettre à nos pelouses et à nos jardins de rester beaux. On appelle ces pesticides des «pesticides utilisés à des fins cosmétiques». La bonne nouvelle, c’est que l’Ontario est la dernière province en liste à reconnaître que le risque pour l’humain et la santé écologique des pesticides est immense, comparé aux maigres bénéfices qu’ils rapportent.

En vertu de la Loi ontarienne interdisant l’utilisation des pesticides à des fins esthétiques, plus de 250 pesticides seront retirés des étagères des magasins d’ici la fin avril. Le Québec est la seule autre province ayant banni les pesticides, mais l’Île-du-Prince-Édouard a annoncé qu’elle allait les interdire, de même que le Nouveau-Brunswick, et plus d’une centaine de municipalités canadiennes, incluant Vancouver, Halifax et Brandon les ont déjà interdits.

La Fondation David Suzuki, de pair avec tout un éventail d’organisations environnementales et de santé, a milité pour l’adoption de la loi ontarienne. C’est une reconnaissance du fait que la protection de l’environnement équivaut à se soucier de notre santé. Mais il y a encore beaucoup à faire – et les mesures qui sont actuellement en place pourraient être menacées.

En premier lieu, la loi ontarienne ne s’applique pas aux terrains de golf et certaines restrictions ne seront pas en vigueur avant deux ans.

D’un autre côté, l’industrie chimique ne se croise pas les bras pendant que les gouvernements prennent des dispositions pour protéger leurs citoyens. Dow AgroSciences, une division de l’américaine Dow Chemical, a avisé le gouvernement canadien qu’elle avait l’intention de défier l’interdiction québécoise de l’herbicide 2,4-D en vertu de l’Accord de libre-échange nord-américain.

Bien que Dow soutienne qu’il n’a pas été démontré que le 2,4-D était nocif, certaines recherches démontrent qu’il pourrait représenter un risque pour les systèmes immunitaire, reproductif et endocrinien et pourrait accroître le risque de contracter un cancer. Les gouvernements du Danemark, de Norvège, de Suisse et le Koweït ont banni le 2,4-D en raison de leurs inquiétudes au sujet de ses impacts sur la santé humaine et l’environnement.

Autre problème lié aux pesticides : ils ne font pas de discrimination. Ils peuvent non seulement tuer des insectes nuisibles, mais ils éliminent souvent en même temps des plantes et des animaux bénéfiques. Ainsi, l’utilisation de pesticides dans nos pelouses et nos jardins n’est qu’une solution temporaire, puisque la clé d’une pelouse ou d’un jardin en santé consiste à s’assurer que la terre, les plantes et les insectes et animaux bénéfiques demeurent en santé. Ironiquement, les pelouses et les jardins qui deviennent dépendants des produits chimiques sont plus sensibles à long terme aux insectes nuisibles et aux maladies et sont plus susceptibles d’être affectés par la sécheresse et les températures extrêmes.

Aujourd’hui, même dans les régions où les pesticides utilisés à des fins esthétiques n’ont pas encore été interdits, la plupart des compagnies qui vendent des produits pour l’entretien de la pelouse et du jardin offrent des alternatives biologiques. Et de nombreux magasins ont volontairement retiré de leurs étagères les dangereux pesticides.

Certes, ces interdictions représentent un excellent début, et nous espérons que d’autres provinces emboîteront le pas. Mais ces mesures doivent être mises en application et prévoir des campagnes de sensibilisation. Les programmes d’éducation représentent le meilleur moyen pour montrer aux gens à quel point il est facile de maintenir des pelouses et des jardins en santé sans utiliser de dangereux pesticides. D’autres programmes enseignant comment garder une cour attrayante en utilisant moins d’eau pourraient être jumelés à ces programmes d’éducation.

Les mesures adoptées démontrent par ailleurs que les gouvernements peuvent mettre l’intérêt des citoyens au-dessus de celui de l’industrie si les gens prennent la parole. Les citoyens a en effet pris les devants en faisant retirer ces produits non nécessaires des étagères des magasins et en les bannissant de leurs pelouses. Nous les avons amplement vus à l’œuvre lors de la campagne lancée par ma propre fondation, appelée David Suzuki Digs My Garden (David Suzuki bêche mon jardin). Cette campagne permettait aux participants de se raconter des histoires et d’échanger des photos et des conseils sur le jardinage sans pesticides. La réponse du public a été fantastique. Des gens de partout au Canada nous ont dit combien il était facile et satisfaisant de cultiver un jardin en santé sans utiliser des produits chimiques nocifs.

Ce mouvement est en croissance et nous ne pouvons qu’espérer que tant qu’il continuera à croître, il nous amènera à débattre davantage du rôle des produits chimiques dans l’environnement.






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