Pourquoi les déchets restent-ils prisonniers?

L’île aux déchets du Pacifique - Pourquoi les déchets restent-ils prisonniers?

Dessin fait par Patricia J. Wynne en 2003 représentant les courants marins dans l’Océan pacifique, entre Hawaï et Los Angeles, qui causent l’île de plastique. (Photo de l’Algalita Marine Research Foundation, offerte par Marieta Francis)


Virginie Roy

La concentration de déchets observée dans le Pacifique, entre Los Angeles et Hawaï, est causée par les courants océaniques particuliers qui englobent la zone. Les spécialistes appellent ce phénomène «Vortex», d’où le nom «Trash Vortex». Bien que celui du Pacifique fasse réagir la planète, il semblerait qu’il ne soit pas unique et qu’il en existe d’autres ailleurs sur la planète.

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«Les déchets ne se sont pas accumulés là parce que c’est une zone où on génère plus de déchets. C’est plutôt en raison d’un système de courant qui ramène l’ensemble des débris à cet endroit-là en particulier. Ils y restent parce qu’ils sont prisonniers d’une espèce de tourbillon. Une fois dans cette zone, les déchets ne peuvent plus être emportés ailleurs par les courants», explique François Chartier, de Greenpeace France pour les Océans.

On pourrait comparer un vortex à un écoulement d’eau lorsque l’on vide une baignoire. Ainsi, dans les océans, c’est principalement le même phénomène qui se produit. Les courants font converger les déchets flottants vers la zone du Trash Vortex. N’ayant aucun vent, le tourbillon maintient les détritus en place ce qui engendre l’accumulation de ceux-ci.

Le vortex du Pacifique illustre très bien ce phénomène. Le centre du Trash Vortex est situé dans une latitude entre la cellule de Ferrel et la cellule de Hadley. Il s'agit d'une zone relativement calme de l'Océan Pacifique, vers laquelle le mouvement de rotation du vortex amène les déchets flottants. Cette plaque se serait formée pendant plusieurs décennies.

Selon l’océanographe Charles Moore, qui a découvert l’île de déchets du Pacifique, il ne prendrait qu’une seule année pour des déchets provenant de la côte orientale de l'Asie pour dériver jusqu'à la plaque du Pacifique et cinq ans pour les déchets provenant de la côte occidentale de l'Amérique.

Des chaussures à la mer

Certains événements historiques illustrent d’ailleurs les différents courants marins des océans sur la planète. Un de ces événements restés célèbres est la perte d'environ 80 000 chaussures et bottes de la marque Nike du navire Hansa Carrier en 1990. Pendant les trois années qui ont suivi, on a retrouvé des chaussures Nike sur les côtes de la Colombie-Britannique, de Washington, de l’Oregon et d’Hawaï. Même chose lorsqu’un cargo avait laissé en mer entre 29 000 et 30 000 canards en plastique jaune, tortues bleues et grenouilles vertes de la marque «Friendly Floatees».

Ces événements démontrent également que le phénomène de vortex est présent ailleurs sur la planète. En effet, l’île de déchets du Pacifique est la manifestation d’un phénomène qui touche l’ensemble des océans de la planète, formant une des plus grandes menaces sur les écosystèmes marins.

Selon David Santillo, membre du groupe de recherche de Greenpeace International, basé à l’Université de Exeter, en Angleterre, on retrouverait des déchets flottants dans tous les océans, y compris dans les régions polaires. «Lors de son expédition, Greenpeace a voulu savoir si le problème était seulement dans le Pacifique ou s’il en existait également ailleurs sur la planète. En 2006, nous avons découvert que le phénomène n’était pas unique au Pacifique. En fait, il est global.»

Pour sa part, François Chartier n’est pas très optimiste pour l’avenir. «Si les choses continuent de la même manière, je ne vois pourquoi il n’y en aurait pas ailleurs». Il donne d’ailleurs l’exemple de la mer des Sargasses, à proximité des Bahamas, où une masse de déchets flottants a été repérée. On observerait également le même phénomène près du Japon.


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