Alors qu’une une équipe suédoise à bord d’un navire russe, le Jacob Smirnitskyi, a signalé la semaine dernière des concentrations élevées de méthane près du delta du fleuve Lena au large des côtes nord de la Russie, une équipe britannique à bord du James Clark Ross vient d’observer le même phénomène au nord-ouest de la Norvège, rapporte aujourd’hui Nature News.
Les scientifiques britanniques viennent en effet d’observer plus de 250 «cheminées» de bulles de méthane dans l’océan Arctique au nord-ouest de Svalbard, un archipel appartenant à la Norvège.
Selon les scientifiques, c’est l'élévation des températures qui serait responsable du «réveil» d’énormes quantités de méthane qui étaient emprisonnées dans la glace depuis des milliers d'années sous le pergélisol du plancher océanique.
Les craintes
Bien que la nouvelle provoque des rapports alarmistes qui prédisent que le méthane, un gaz à effet de serre bien plus puissant que le dioxyde de carbone, pourrait accélérer le réchauffement de la planète, les scientifiques tempèrent en disant que de catastrophiques fuites de gaz, comme celles qui eurent lieu il y a 55 millions d'années, sont peu probables.
Si la grande crainte est que le méthane qui pourrait s’échapper du pergélisol devenu poreux empoisonne l’air de la planète, les scientifiques font remarquer que le phénomène n’est pas nouveau. Selon eux le méthane s’échappe du plancher arctique depuis 15 000 ans. «Ce que nous observons maintenant n'a certainement pas commencé au cours de la dernière année», a confié à Nature News Graham Westbrook géophysicien de l'Université de Birmingham qui dirige l'équipe britannique.
«Le risque est réel, mais il n'y a pas de raison de paniquer», avance pour sa part Hans-Wolfgang Hubberten de l’Institut Alfred Wegener de recherches polaires et marines à Bremerhaven en Allemagne. «Nous avons observé que les concentrations de méthane ont augmenté dans la mer de Laptev au cours de plusieurs expéditions depuis le milieu des années 1990», explique pour sa part Igor Semiletov, interrogé lui aussi par Nature News et qui supervise les recherches à bord du navire russe Smirnitskyi Jacob. En ajoutant que si «l'ensemble de données demeure extrêmement limité», M. Semiletov suggère que, pour le moment, l’interprétation de ces données en fonction du climat de la planète n’est que spéculation.
De toute évidence, le vice-ministre russe des Situations d'urgence (MSU), Rouslan Tsalikov, n’est pas de cet avis puisqu’il déclarait en juin dernier que «le Nord du pays pourrait subir des ravages provoqués par le réchauffement global d'ici 2030», rapporte une dépêche de la Ria Novosti. Selon les données indiquées par l’agence, «la Russie possède 70 milliards de tonnes de ce gaz [méthane], soit deux tiers des réserves mondiales».