Une journée qui ne peut pallier le manque d’infrastructures en transports collectifs

«En ville sans ma voiture» à Montréal - Une journée qui ne peut pallier le manque d’infrastructures en transports collectifs

«Changer les comportements individuels c’est bien, mais changer les politiques publiques c’est mieux et plus efficace. Voilà le grand défi de la journée sans voiture», estime Éric Darier de Greenpeace.© Canoë / Virginie Roy


Virginie Roy

Le 22 septembre prochain, les citoyens seront invités à participer à la journée «En ville sans ma voiture». Plusieurs automobilistes prendront le transport en commun cette journée-là. Or, ils reprendront leur voiture dès le lendemain… C’est à se demander si ce genre d’événement a réellement un impact sur les habitudes des citoyens.

Pour André Porlier, directeur général de CRE-Montréal, et Éric Darier, directeur de Greenpeace Québec, la journée «En ville sans ma voiture» remplit sa fonction première, soit de sensibiliser la population. Or, si les changements de comportements ne sont pas visibles à long terme, c’est tout simplement parce que les infrastructures en transport en commun ne sont pas suffisantes pour accueillir ces convertis.

«La journée sans ma voiture a atteint un certain plateau. C’est que les gens sont très sensibles à l’environnement et désirent changer leurs habitudes. Or, quand ils habitent loin, ils n’ont tout simplement pas les services nécessaires. On pourrait continuer d’organiser cette journée pour encore dix ans, si des investissements importants ne sont pas faits dans le transport en commun, ça ne changera rien», estime M. Porlier.

«Le vrai défi de la journée sans voiture c’est d’ouvrir un débat social, estime pour sa part Éric Darier. La journée sans ma voiture ne va pas révolutionner le monde du jour au lendemain. Cependant, elle permet de forcer une réflexion collective concernant la place de la voiture en milieu urbain.»

Un choix de société à faire

Selon les deux porte-parole, la journée «En ville sans sa voiture» n’est donc qu’un moyen pour préparer le terrain pour d’autres initiatives. «Il est primordial de revoir complètement le zonage urbain afin d’éviter les déménagements en banlieue qui contribuent à la dépendance au carburant. Il faut également investir massivement dans les transports en commun pour vraiment offrir une alternative à la voiture et rattraper le retard que nous avons accumulé», explique Éric Darier.

Selon lui, il est illusoire de penser que le Québec peut avoir simultanément plus de routes, plus de ponts et plus de transports en commun. «Chaque fois que le gouvernement dépense pour une nouvelle route ou un pont, c’est de l’argent qui n’ira pas à des solutions de transports plus appropriés pour un milieu urbain. Les gouvernements devraient avoir le courage de faire des choix pour le moyen et le long terme plutôt que de tenter de faire plaisir à tout le monde à court terme, sans régler les problèmes fondamentaux», ajoute le directeur de Greenpeace.

L’heure est donc au choix, estime M. Porlier. Il est primordial de laisser de côté les visions à court terme et conservatrices. Il faut construire en fonction des nouvelles préoccupations. «Oui, il faut reconstruire ce qui est essentiel, comme l’échangeur Turcot. Le problème, c’est que le gouvernement manque d’imagination et veut le reconstruire tel quel ou presque, et ce, sans tenir compte de l’environnement. Pour ce qui est de l’autoroute et du pont de la 25, c’est le genre de projet qu’il faut laisser tomber au profit de nouvelles infrastructures en transport en commun», juge-t-il.

«Changer les comportements individuels c’est bien, mais changer les politiques publiques c’est mieux et plus efficace. Voilà le grand défi de la journée sans voiture», conclut Éric Darier.

Le 22 septembre prochain, un périmètre précis au centre-ville sera fermé aux automobilistes. Ainsi, la circulation automobile sera interdite de 9h30 à 15h30 à l’intérieur du périmètre délimité par les rues McGill College et Saint-Urbain et les boulevards René-Lévesque et de Maisonneuve. Une nouveauté cette année, le quadrilatère de la Place des Arts (rue Sainte-Catherine située entre les rues Jeanne-Mance et Saint-Urbain) sera fermé de 8 à 19 heures afin de prolonger la durée de l’événement et d’y tenir certaines activités de la programmation.


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