Débrancher les gadgets de divertissement

Planète verte - Débrancher les gadgets de divertissement

D'après une étude récente, le fait de me priver d'une télé à écran plat de 40 pouces pourrait prévenir des dommages à l'environnement beaucoup plus importants que ceux qui sont causés par les plus grandes centrales thermiques au charbon du monde.© Photo Corbis

Vivian Song
Sun Media

Dans le monde du multimédia, je relève de l'ère des dinosaures.

Je ne suis pas accro au BlackBerry, j'utilise encore un ghettoblaster (c'est très rétro, années 1980, j'en conviens) et je m'adonne à mes vices préférés, c'est-à-dire, suivre les ébats des jeunes hollywoodiens écervelés sur mon écran télé de 15 pouces.

Par contre, mes habitudes sont beaucoup plus écolos. D'après une étude récente, le fait de me priver d'une télé à écran plat de 40 pouces pourrait prévenir des dommages à l'environnement beaucoup plus importants que ceux qui sont causés par les plus grandes centrales thermiques au charbon du monde.

17 000 fois plus nocif

Selon les chercheurs de l'University of Califor nia, Irvine, le produit chimique qui sert à la fabrication des télés à écran plat, le trifluorure d'azote, est un gaz à effet de serre 17 000 fois plus nocif que le dioxyde de carbone.

Dans la revue Geophysical Research Letters, Michael Prather, un expert en matière d'environnement, estime que trop peu d'attention a été portée à ce gaz pourtant nuisible à l'environnement. Il calcule que la demande croissante pour les téléviseurs à écran plat entraînera cette année la production de 4000 tonnes de trifluorure d'azote à l'échelle mondiale et de 8000 tonnes l'année prochaine.

Si la production annuelle de ce composé était libérée dans l'atmosphère, l'effet du réchauffement serait équivalent aux émissions de dioxyde de carbone annuelles de l'Autriche, fait-on valoir.

Selon l'organisme japonais de promotion du secteur des produits électroniques et de la haute technologie, Japan Electronics and Information Technology Association, la demande pour les écrans plats doublera à 180 millions d'unités d'ici à 2012, en grande partie en raison des ventes croissantes de ces appareils en Chine et aux États-Unis.

Ironie du sort

Or, puisque les trifluorures d'azote ne sont pas visés par le Protocole de Kyoto, personne ne tient compte du volume des émissions de ce composé qui est libéré dans l'atmosphère, déplore M. Prather.

L'ironie du sort, c'est que ce produit a été proposé comme solution de rechange aux hydrocarbures perfluorés, une autre catégorie de gaz à effet de serre qui, elle, est soumise aux cibles de Kyoto, avance New Scientist.

Cette situation pourrait être problématique au cours des prochaines années lorsque le Canada fera la transition d'un système analogique à un système numérique.

D'ici au mois d'août 2011, les Canadiens qui sont branchés au système analogique ne pourront plus capter d'émissions sur les postes de télé gratuits tels que Radio-Canada ou les appareils à antenne parabolique. Deux options s'offriront alors à eux : se munir d'un convertisseur ou d'un nouvel appareil télé qui capte le signal numérique. Selon le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes, cela touchera moins de 10% des Canadiens.

La transition au numérique aux États-Unis l'an prochain précédera de deux ans celle du Canada. Cela veut dire que dès l'an prochain, les téléspectateurs canadiens qui sont mordus des émissions américaines devront aussi se munir d'un convertisseur ou changer carrément d'appareil.

Chez notre voisin du Sud, on craint que ces vieux appareils de télé ne viennent s'ajouter à l'amoncellement d'ordures dans les sites d'enfouissement de déchets.

Nos maisons se remplissent à vue d'oeil de gadgets électroniques tels que les consoles de jeux vidéo, les lecteurs DVD, les télés à écran plat et les ordis. Bref, on consomme beaucoup plus d'électricité qu'auparavant, même lorsque ces appareils sont fermés car, souvent, ils sont branchés sur une source d'alimentation de remplacement. Selon Environnement Canada, les appareils électroniques qui utilisent une telle alimentation secondaire représentent 10% de la consommation annuelle d'électricité d'un foyer.

Habitudes paresseuses

L'obsession pour des gadgets a transformé nos habitudes. Une simple brosse à dents et un presse-citron qui nécessitent un peu d'effort physique sont maintenant des gadgets électroniques, ce qui est une indication de nos habitudes paresseuses.

Alors, résistez à l'envie d'utiliser un cornichon électronique qui fait des tyroliennes. Ce produit, figurez-vous, occupe le septième rang sur le site des pires cadeaux, stupid.com. Contentezvous de chanter le chant des montagnards en croquant dans un cornichon. Vous obtiendrez la même réaction, je vous en signe un papier : choc et stupéfaction.

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  • 9$ Représente le montant sur 100 $ consacré à l'achat de meubles et de produits électroniques.

  • 50% Les télés à écran plasma sont deux fois plus grandes que les anciennes télés à tube cathodique.

  • 3X Les télés à écran plasma peuvent consommer jusqu'à trois fois plus d'énergie que les anciens.

  • 10-20X On consomme de 10 à 20 fois plus d'électricité en écoutant la radio moyennant une télé numérique qu'en écoutant la radio directement sur un poste de radio numérique.

  • 25 Représente la moyenne d'appareils électroniques dans un foyer canadien qui utilise une alimentation de remplacement, ce qui 9$représente 10 % de la consommation annuelle d'électricité.

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    Le gaspillage électronique

    Le Québec a généré plus de 39 000 tonnes de résidus électroniques en 2006 (ordis, écrans, périphériques et téléviseurs), dont plus de la moitié était des téléviseurs.

    Au Québec, il se vend plus de 680 000 ordis par année.

    Imitant l'Alberta, la Colombie-Britannique, la Nouvelle-Écosse et la Saskatchewan, l'Ontario a imposé des frais sur les déchets électroniques aux fabricants de télé, d'ordis, de périphériques, de moniteurs et de télécopieurs. Cette mesure vise à décourager le déchargement de ces appareils dans les sites d'enfouissement de déchets.

    L'Ontario se débarrasse d'environ 90 000 tonnes d'ordis, d'imprimantes et de télés par année. La province estime que ce chiffre grimpera à 123 000 tonnes dans cinq ans.


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