MONTRÉAL – Un peu plus de deux semaines après le suicide de la taupe du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM), Ian Davidson, TVA Nouvelles a poussé plus loin et a décidé de suivre les traces de ce policier d'expérience qui a retourné sa veste.
Il a fallu se rendre jusqu'au Costa Rica pour tenter de comprendre pourquoi Ian Davidson a voulu s'y réfugier.
Après une enquête digne d'un film d'espionnage, les policiers du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) ont arrêté l'un des leurs, en octobre dernier, à l'aéroport de Montréal-Trudeau.
Il s'agissait d'un « ripou » qui avait décidé de collaborer avec le crime organisé. La taupe, Ian Davidson, s'apprêtait à partir pour le Costa Rica avec, en mains, cette fameuse liste contenant le nom d'informateurs de police.
Pourquoi l'ex-sergent-détective voulait-il se rendre en Amérique centrale? Selon des sources policières et des proches de la famille, tout porte à croire que l'homme de 58 ans voulait se faire oublier et qu'il aurait tout mis en œuvre afin d'être à l'abri de la justice canadienne.
D'abord, il aurait convenu avec sa femme qu'il ne reviendrait pas au pays. Restée à Laval, celle-ci devait venir le visiter plutôt que le contraire.
Le Costa Rica était un choix judicieux pour Davidson, puisque ce pays ne possède aucun traité d'extradition avec le Canada.
Dans l'entourage de l'ex-policier, peu de gens savaient qu'il avait décidé de vendre des informations policières à la mafia italienne. Seulement sa conjointe et la mère de celle-ci avaient été mises au courant.
Lors de son départ avorté pour le Costa Rica, Ian Davidson aurait eu à sa disposition une importante somme d'argent et d'autres informations extrêmement sensibles sur la scène criminelle montréalaise.
La famille
Ian Davidson avait aussi une autre bonne raison d'aimer l'air chaud de ce pays de l'Amérique centrale : son frère Alexander J. Davidson y posséderait une luxueuse résidence.
On a tenté de joindre le richissime homme d'affaires au sein des compagnies minières pour lesquelles il a travaillé : Barrick Gold, Kobex Minerals et Yamana Gold. Il n'a jamais répondu à nos appels. Ce dernier est considéré comme étant au-dessus de tout soupçon par les enquêteurs montréalais.
Un fantôme
Des sources au SPVM ont confirmé que les limiers montréalais ont bien tenté de suivre la piste costaricaine, sans aucune collaboration des autorités locales.
Si les autorités locales ne sont pas reconnues pour leur collaboration avec les corps de police étrangers, il en va de même pour les autorités canadiennes.
On a pris rendez-vous avec l'ambassade du Canada à San José, la capitale, afin d'en apprendre plus sur l'affaire. Dans un court entretien, un attaché politique des services consulaires avait promis de nous rappeler après avoir trouvé les réponses à nos questions. La promesse n'a jamais été honorée.
C'est en se rendant finalement à la Casa Canada qu'on a obtenu un début d'explication. L'employée de l'association de ressortissants étrangers a alors confirmé qu'un Canadien portant le nom de Davidson était établi au Costa Rica, ajoutant qu'il valait mieux ne pas trop poser de questions.
Playa Hermosa
Voulant percer encore plus le mystère, il a fallu un voyage de plus de cinq heures, à travers les montagnes et les plateaux du pays, pour découvrir un petit paradis terrestre qui brille par sa beauté et son opulence.
Playa Hermosa, située sur la côte pacifique, est bordée par de luxueuses villas à flanc de montagne.
C'est à cet endroit qu'un certain John Davidson a un lot à vendre. Selon des sources policières, le frère de Ian Davidson aurait justement voulu lui vendre un terrain au Costa Rica.
Les agents immobiliers du secteur affirment qu'il pourrait s'agir du terrain de Playa Hermosa, mais se sont montrés plutôt indisposés par les questions du journaliste Félix Séguin, de TVA Nouvelles.
Devant la résistance à laquelle il faisait face, il a décidé de se présenter comme un acheteur intéressé par le fameux terrain dans le but de délier des langues.
L'endroit idéal
« Vous savez, le Costa Rica reste le meilleur pays pour vous cacher et faire transiter votre argent. Ici, il est protégé! a raconté une agente immobilière canadienne établie là-bas depuis 20 ans. Les gens viennent se cacher ici parce que les lois ne sont pas assez sévères. »
La femme a notamment donné un exemple édifiant : « L'an passé, un homme est mort de causes naturelles à Playa Hermosa et on a su qu'il était recherché pour un double homicide au Québec. »
L'agente a souligné que le trafic de drogue a pris des proportions démesurées dans ce coin du Costa Rica. « On trouve de la drogue partout! Dans les poissons, dans les cannes de thon, sur la plage, on en saisit chaque jour », a-t-elle dit.
Des sources affirment que Ian Davidson avait l'habitude du Costa Rica et qu'il venait s'y détendre depuis plusieurs années. Il aimait les femmes, l'alcool et surtout l'anonymat qu'offrait ce pays de 4,5 millions d'habitants.
Projetait-il de marchander les informations qu'il possédait à partir du Costa Rica? Nos sources en sont convaincues.