Le directeur-général Denis Lévesque et le directeur général adjoint Luc Papillon ont dépensé plus de la moitié de cette somme, selon des milliers de pages de documents sur les dépenses des cadres de cette ville obtenus en vertu de la loi d’accès à l’information.
Certains repas ont d’ailleurs été consommés parmi les restaurants les plus chics de Terrebonne, a révélé l’enquête de l’Agence QMI.
Les deux hauts fonctionnaires ont déjeuné et dîné dans des restaurants et bistros français, des steakhouses et des bars à sushi japonais, dont plusieurs sont situés près de l’hôtel de ville. Le tout pour une somme de 69 036 $. M.
Lévesque a dépensé 37 667 $, tandis que son adjoint a présenté des factures totalisant 31 369 $.
Deux fois par jour
Le directeur-général Denis Lévesque a parfois mangé au restaurant cinq fois en une semaine et même plus d'une fois par jour. Il y a ainsi eu 25 jours entre 2008 et 2010, ou il a mangé au restaurant deux fois par jour.
Pourtant, Denis Lévesque et Luc Papillon n’ont presque jamais fourni d'information pour préciser quels dossiers municipaux ou quels sujets avaient été abordés lors de ces repas. Pas plus qu’ils n’ont divulgué les noms des personnes avec lesquelles ils ont mangé.
Les deux hommes, qui travaillent à contrat pour la ville, n’ont pas non plus fourni des factures détaillées des restaurants permettant d’établir quelle portion avait été dépensée en nourriture et en alcool.
Sujets confidentiels
Ils ont seulement soumis le bordereau de carte de crédit et les relevés de carte de crédit pour leurs dépenses. M. Lévesque a déclaré que tous les repas ont été approuvés par le comité exécutif de la Ville.
Lorsqu’on lui a demandé pourquoi il n'a pas présenté de factures détaillées et les noms des invités, M. Lévesque a répondu que c’était sa pratique depuis 20 ans : « Mais je n’aurais aucune objection à le faire ». M. Lévesque ajoute que l’objet des discussions lors des rencontres au restaurant est souvent « confidentiel ».
MM. Lévesque et Papillon ne sont pas les seuls gestionnaires à donner peu de détails sur leurs repas.
Michel Sarrazin, directeur de l’entretien du territoire, a pris plus de 250 repas au restaurant, mais il n’a fourni une explication supplémentaire que pour une petite fraction de ceux-ci.
Tout un contraste
Les dépenses gastronomiques des cadres de Terrebonne contrastent souvent avec ce que les citoyens québécois dépensent à ce chapitre.
Le ménage québécois moyen a dépensé 1 591 $ pour des aliments et des boissons dans les restaurants et les bars en 2009, selon Statistique Canada.
M. Lévesque défend néanmoins ces dépenses. Il avance que les cadres de Terrebonne travaillent tellement fort et qu’ils sont tellement occupés à gérer les 1000 employés de la ville et un budget de 160 millions $, que le seul temps libre qu’ils ont pour se rencontrer est lors des repas.
« Souvent, le moment le plus propice pour rencontrer mes directeurs et mes chefs de service, c’est le dîner et le souper. Ce sont des réunions de travail. »
M. Lévesque dit qu’il n’a pas honte d’offrir des repas à ses cadres avec l’argent des contribuables. « Les gens doivent savoir qu’ils sont appréciés, dit-il. Il faut s’assurer de retenir notre monde. »
Ce ne sont pas tous les cadres qui ont choisi les restaurants chics : le directeur de l’entretien du territoire, Michel Sarrazin, a mangé plus de 110 fois chez Mikes.
Certains administrateurs sont plus économes que d’autres : Raymond Champagne, trésorier de la Ville jusqu’à sa retraite en juin, n’a dépensé que 148 $ pour cinq repas entre 2008 et 2010. Le directeur de l’administration et finances, Luc Legris, n’a lui dépensé que 318 $.