Enceinte au centre jeunesse

Survivre dans la rue - Enceinte au centre jeunesse

«On quêtait le jour. L'hiver, c'est fret en estie. T'as hâte que le métro ouvre.» -Karine Normand, 27 ans.©René Baillargeon / Journal de Québec


Jean-François Racine

Nul ne peut prétendre régler le problème des sans-abri au Québec. L'étendue réelle de ce phénomène mène en expansion demeure inconnue et les données sont très vagues.

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Dans le plan d'action en itinérance dévoilé en décembre 2009, le gouvernement souhaitait réaliser un «portrait de l'itinérance dans 11 villes ciblées du Québec». Le budget est de 14 millions de dollars pour trois ans. Plus de 40 000 personnes erreraient dans les rues, la majorité à Montréal. La moitié souffre d'un problème de santé mentale. Pendant deux semaines, le Journal a visité six villes de la province pour rencontrer des gens souvent ignorés ou oubliés. À Saguenay, Québec, Trois-Rivières, Sherbrooke, Montréal et Gatineau, plusieurs citoyens font des efforts pour ne pas les voir.

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Dix ans après avoir accouché d'un bébé alors qu'elle était elle-même sous la garde d'un centre jeunesse, Karine Normand a toujours besoin d'aide.

À la Chaudronnée de l'Estrie où elle se rend pour manger, la jeune femme de 27 ans raconte son histoire avec un regard triste qui trahit un parcours pénible, rempli d'expériences à éviter.

Très jeune, elle a perdu rapidement ment la garde de son enfant.

Pas de contact avec sa fille

«J'étais mineure. Ils ont dit qu'ils allaient prendre ma fille et que j'aurais des visites. Je n'ai plus de contact. Je ne sais pas où elle est maintenant. Avec le temps, j'ai fini par accepter.»

Sur le mont Royal, elle dormira en-suite un an à l'extérieur.

«Je montais ma tente. On quêtait le jour. L'hiver, c'est fret en estie. T'as hâte que le métro ouvre. Je me suis fait arrêter quelques fois. Je vendais mon âme.»

Les policiers qui l'appréhendent lui décernent des contraventions de 114 $ pour possession d'un couteau, «une aberration pour une fille dans la rue, facile à manipuler.»

Vente de drogue, consommation, violence, elle se disait elle-même un peu institutionnalisée. Karine a finalement trouvé du réconfort auprès du père Emmett «Pops» Johns. «Un jour, 'Pops' m'a sortie de la rue. Pendant quatre mois, il n'y a pas une journée que je ne pleurais pas. J'ai été chanceuse. Pas de sida, pas d'hépatite.»

Aujourd'hui, elle tente de conserver un appartement qui lui coûte 435 $. «C'est cher», termine-t-elle.


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