Même s'il manque d'infirmières dans la province, le Centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV) a recruté environ 600 infirmières québécoises depuis 10 ans.
Un certain nombre d'entre elles sont revenues au Québec. Mais selon des calculs faits l'an dernier, 250 personnes originaires de la Belle Province travaillent à temps plein dans l'établissement. C'est sans compter les infirmières qui travaillent dans d'autres établissements suisses.
Dans certains services du CHUV, il n'est pas rare de croiser trois ou quatre Québécois qui travaillent en même temps. Ils sont facilement reconnaissables à l'accent, même si plusieurs l'ont adapté pour mieux se faire comprendre des patients.
De l'argent pour voyager
Si le salaire et les conditions de travail sont alléchants, c'est d'abord la situation géographique enviable et le décor féerique de la Suisse qui attirent en premier. «Je suis folle de la montagne. Je ne pourrais plus m'en passer», dit Hélène Villeneuve, qui pratique le ski de randonnée en hiver et l'escalade en été.
Elle se défend bien d'avoir lâché ses consoeurs. «J'avais pas de job à Montréal. Je travaillais sur appel à l'Institut de cardiologie avant d'arriver en Suisse en septembre 1997. Ici, ils me donnaient mon horaire un mois à l'avance», dit-elle.
Cette stabilité, en plus du fait que la plupart des infirmières travaillent un maximum de quatre jours par semaine, permet de voyager. «On a la possibilité de faire de l'argent tout en voyageant», dit Pascalie Houde, qui a quitté un emploi à l'Hôtel-Dieu pour travailler en Suisse.
«La première année, on est allé à Paris, à Londres, en Corse, en Italie», énumère Ludovic Aubin, de Saint-Jérôme, qui habite à Lausanne depuis deux ans avec sa femme Jacinthe, elle aussi infirmière.
Environnement de travail agréable
Le nouveau papa apprécie aussi le vélo dans les cols de montagne.
Au-delà des loisirs, il dit avoir été agréablement surpris par l'efficacité suisse. Le CHUV, qui compte 8000 employés, permet des horaires flexibles et il n'y a pas d'heures supplémentaires obligatoires. «Le CHUV, c'est comme le CHUM qu'on n'a pas (encore) réussi à faire. Au début, j'étais sceptique, mais ça fonctionne bien», dit celui qui a notamment travaillé à l'Hôpital Notre-Dame.
Avec la naissance de son petit Matthias, il y a quelques jours, il reviendra au Québec en juillet.
Comme lui, plusieurs Québécois reviennent après deux ou trois ans, parfois après quelques mois. D'autres se sont installés et ont même décidé d'élever leurs enfants en Suisse.
En Suisse depuis 20 ans
Serge Gallant, lui, songe même à demander la nationalité suisse, afin de pouvoir voter aux élections, entre autres. Établi à Lausanne depuis 20 ans, cet infirmier de Montréal occupe aujourd'hui le poste d'adjoint au directeur des soins responsable de la formation continue.
«Toute ma vie adulte, je l'ai vécue ici. J'ai l'impression que je suis là où je dois être. Je ne m'imagine pas rentrer au Québec.»
QUELQUES-UNS DE NOS INFIRMIERS ET INFIRMIÈRES QUÉBÉCOIS EN SUISSE
Serge Gallant
45 ans - Originaire de Montréal - En Suisse depuis 20 ans «J'adore l'environnement. J'ai l'impression de vivre sur une carte postale. C'est comme si j'étais en voyage tous les jours.»
Geneviève Boutin
37 ans - Originaire de Montréal - En Suisse depuis un mois - «C'était un rêve de jeune fille de travailler en Suisse. Des films comme Heidi m'ont fait rêver de venir là.»
Ludovic Aubin
30 ans - Originaire de St-Jérôme - En Suisse depuis deux ans - «Quand on est venus ici (avec sa conjointe), c'était pour un minimum de deux ans. Sinon, ça ne valait pas la peine de vendre meubles et auto.»
Pascalie Houde
26 ans - Originaire de Mont-St-Grégoire - En Suisse depuis neuf mois - «Les médicaments ont des noms différents. C'est plus difficile comme changement que de changer d'hôpital au Québec.»
Julie Dussault
34 ans - Originaire de Laval - En Suisse depuis six ans - «En travaillant une nuit au privé, ça me permet de faire un petit extra de 550 francs suisses (environ 550 $) clair dans mes poches.»
Hélène Villeneuve
36 ans - Originaire de Gentilly - En Suisse depuis 12 ans - «Quand je retourne au Québec, après deux ou trois semaines, je m'ennuie des montagnes.»
Éliane Foucault
35 ans - Originaire de Victoriaville - En Suisse depuis 12 ans - «Être dans un grand centre universitaire me permet de progresser et c'est stimulant. La famille est toutefois ce qui me manque le plus.»
Patricia Santerre
43 ans - Originaire de Québec - En Suisse depuis 12 ans - «Au début, c'est des vacances perpétuelles. Tu visites une ville ou un pays d'Europe chaque mois.»
Maric Telmosse
44 ans - Originaire de Montréal - En Suisse depuis 15 ans - «Je ne vois pas ce que je ferais au Québec, comment je pourrais atterrir quelque part. Avec un amoureux en Suisse et une fillette, c'est plus compliqué aussi.»
Steve Blanchet
Originaire de Chapais - En Suisse depuis trois ans - «Tout le monde est égal. J'ai des vacances en été, ce que je n'avais jamais eu au Québec.»
Julie Biagé
41 ans - Originaire de Hull - En Suisse depuis 19 ans - «Je le conseille aux infirmières célibataires. C'est une expérience nouvelle de vie. Au départ, j'étais venue pour six mois et j'y suis toujours 19 ans plus tard.»
LES INFIRMIÈRES QUÉBÉCOISES EN SUISSE
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60 par année
- 5 semaines de vacances
- Un salaire qui varie entre 75 000 $ et 90 000$
- 250 occupent un poste au Centre hospitalier universitaire vaudois