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Québec

Nos infirmières en exil

Canoe.ca 
Éric Yvan Lemay
Le Journal de Montréal
16/03/2010 16h56 
Québec - Nos infirmières en exil
En 10 ans, le CHUV de Lausanne a accueilli environ 600 infirmières du Québec. 
© Photo Archives

LAUSANNE - Un salaire qui peut atteindre 90 000 $, cinq semaines de vacances payées, logements meublés et postes à temps complet. Chaque année, des dizaines d'infirmières et d'infirmiers québécois se laissent séduire par le travail en Suisse.

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Même s'il manque d'infirmières dans la province, le Centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV) a recruté environ 600 infirmières québécoises depuis 10 ans.

Un certain nombre d'entre elles sont revenues au Québec. Mais selon des calculs faits l'an dernier, 250 personnes originaires de la Belle Province travaillent à temps plein dans l'établissement. C'est sans compter les infirmières qui travaillent dans d'autres établissements suisses.

Dans certains services du CHUV, il n'est pas rare de croiser trois ou quatre Québécois qui travaillent en même temps. Ils sont facilement reconnaissables à l'accent, même si plusieurs l'ont adapté pour mieux se faire comprendre des patients.

De l'argent pour voyager

Si le salaire et les conditions de travail sont alléchants, c'est d'abord la situation géographique enviable et le décor féerique de la Suisse qui attirent en premier. «Je suis folle de la montagne. Je ne pourrais plus m'en passer», dit Hélène Villeneuve, qui pratique le ski de randonnée en hiver et l'escalade en été.

Elle se défend bien d'avoir lâché ses consoeurs. «J'avais pas de job à Montréal. Je travaillais sur appel à l'Institut de cardiologie avant d'arriver en Suisse en septembre 1997. Ici, ils me donnaient mon horaire un mois à l'avance», dit-elle.

Cette stabilité, en plus du fait que la plupart des infirmières travaillent un maximum de quatre jours par semaine, permet de voyager. «On a la possibilité de faire de l'argent tout en voyageant», dit Pascalie Houde, qui a quitté un emploi à l'Hôtel-Dieu pour travailler en Suisse.

«La première année, on est allé à Paris, à Londres, en Corse, en Italie», énumère Ludovic Aubin, de Saint-Jérôme, qui habite à Lausanne depuis deux ans avec sa femme Jacinthe, elle aussi infirmière.

Environnement de travail agréable

Le nouveau papa apprécie aussi le vélo dans les cols de montagne.

Au-delà des loisirs, il dit avoir été agréablement surpris par l'efficacité suisse. Le CHUV, qui compte 8000 employés, permet des horaires flexibles et il n'y a pas d'heures supplémentaires obligatoires. «Le CHUV, c'est comme le CHUM qu'on n'a pas (encore) réussi à faire. Au début, j'étais sceptique, mais ça fonctionne bien», dit celui qui a notamment travaillé à l'Hôpital Notre-Dame.

Avec la naissance de son petit Matthias, il y a quelques jours, il reviendra au Québec en juillet.

Comme lui, plusieurs Québécois reviennent après deux ou trois ans, parfois après quelques mois. D'autres se sont installés et ont même décidé d'élever leurs enfants en Suisse.

En Suisse depuis 20 ans

Serge Gallant, lui, songe même à demander la nationalité suisse, afin de pouvoir voter aux élections, entre autres. Établi à Lausanne depuis 20 ans, cet infirmier de Montréal occupe aujourd'hui le poste d'adjoint au directeur des soins responsable de la formation continue.

«Toute ma vie adulte, je l'ai vécue ici. J'ai l'impression que je suis là où je dois être. Je ne m'imagine pas rentrer au Québec.»


  • Un peu moins du tiers du personnel recruté à l'étranger par le CHUV vient du Québec, les autres proviennent surtout de France et de Belgique.


QUELQUES-UNS DE NOS INFIRMIERS ET INFIRMIÈRES QUÉBÉCOIS EN SUISSE

Serge Gallant

45 ans - Originaire de Montréal - En Suisse depuis 20 ans «J'adore l'environnement. J'ai l'impression de vivre sur une carte postale. C'est comme si j'étais en voyage tous les jours.»

Geneviève Boutin

37 ans - Originaire de Montréal - En Suisse depuis un mois - «C'était un rêve de jeune fille de travailler en Suisse. Des films comme Heidi m'ont fait rêver de venir là.»

Ludovic Aubin

30 ans - Originaire de St-Jérôme - En Suisse depuis deux ans - «Quand on est venus ici (avec sa conjointe), c'était pour un minimum de deux ans. Sinon, ça ne valait pas la peine de vendre meubles et auto.»

Pascalie Houde

26 ans - Originaire de Mont-St-Grégoire - En Suisse depuis neuf mois - «Les médicaments ont des noms différents. C'est plus difficile comme changement que de changer d'hôpital au Québec.»

Julie Dussault

34 ans - Originaire de Laval - En Suisse depuis six ans - «En travaillant une nuit au privé, ça me permet de faire un petit extra de 550 francs suisses (environ 550 $) clair dans mes poches.»

Hélène Villeneuve

36 ans - Originaire de Gentilly - En Suisse depuis 12 ans - «Quand je retourne au Québec, après deux ou trois semaines, je m'ennuie des montagnes.»

Éliane Foucault

35 ans - Originaire de Victoriaville - En Suisse depuis 12 ans - «Être dans un grand centre universitaire me permet de progresser et c'est stimulant. La famille est toutefois ce qui me manque le plus.»

Patricia Santerre

43 ans - Originaire de Québec - En Suisse depuis 12 ans - «Au début, c'est des vacances perpétuelles. Tu visites une ville ou un pays d'Europe chaque mois.»

Maric Telmosse

44 ans - Originaire de Montréal - En Suisse depuis 15 ans - «Je ne vois pas ce que je ferais au Québec, comment je pourrais atterrir quelque part. Avec un amoureux en Suisse et une fillette, c'est plus compliqué aussi.»

Steve Blanchet

Originaire de Chapais - En Suisse depuis trois ans - «Tout le monde est égal. J'ai des vacances en été, ce que je n'avais jamais eu au Québec.»

Julie Biagé

41 ans - Originaire de Hull - En Suisse depuis 19 ans - «Je le conseille aux infirmières célibataires. C'est une expérience nouvelle de vie. Au départ, j'étais venue pour six mois et j'y suis toujours 19 ans plus tard.»


LES INFIRMIÈRES QUÉBÉCOISES EN SUISSE

  • 60 par année
  • 5 semaines de vacances
  • Un salaire qui varie entre 75 000 $ et 90 000$
  • 250 occupent un poste au Centre hospitalier universitaire vaudois




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