Nous avons voulu vérifier quel impact le fait de s'exiler, loin de la famille pendant des mois, pouvait avoir sur leur niveau de vie. Dans ce pays où la pauvreté est omniprésente, le constat est frappant. Sans dire qu'ils mènent une vie de pacha, leurs conditions sont nettement supérieures.
Les avantages qu'ils en retirent se manifestent principalement au niveau du confort de la maison. Avec leur salaire, ils achètent des meubles. Ils possèdent une télévision avec le câble et, souvent, leur situation leur permet d'avoir une voiture. Tout cela, même si les femmes doivent continuer de s'astreindre à laver la vaisselle et le linge sale à l'extérieur.
Ce portrait contraste avec les autres qui doivent se contenter de vivre dans des maisons érigées à partir de ramassis de bois et de tôle.
Les Mexicains n'accordent pas leur confiance aux étrangers si facilement. C'est donc un privilège que nous avons eu de pouvoir partager leur intimité.
À compter d'aujourd'hui et pour les prochains jours, vous aurez l'occasion de mettre un visage sur ces personnes qui jouent un rôle essentiel dans la chaîne d'approvisionnement, de la ferme à la table. Il ne faut pas se leurrer, le problème de pénurie de main-d'oeuvre est loin d'être réglé.
Avec des témoignages, illustrés en photos et vidéos, nous vous proposons de plonger avec nous au coeur de cette aventure humaine.
Ce voyage a été tout sauf touristique...
De plus en plus nombreux au Québec
Depuis sa création, il y a 35 ans, le programme de travailleurs saisonniers, mis en place pour répondre à un problème de pénurie de main-d'oeuvre, a permis à toute une génération de Mexicains d'améliorer leur sort.
«Nous avons des travailleurs qui ont des filles et des garçons qui terminent leur université. C'est un changement drastique pour ces familles de fermiers, quand on pense que le père n'a pas fini ses études élémentaires», a commenté le consul général du Mexique à Montréal, M. Edgardo Flores Rivas.
Cette année, plus de 7 000 travailleurs agricoles, principalement du Mexique et du Guatemala, sont venus travailler au Québec. À l'échelle du pays, ils étaient plus de 20 000 et leur nombre ne cesse de croître.
«Quand j'ai commencé, j'avais deux employeurs. Maintenant, j'en ai cinquante », a partagé Martin Méthot, agent de projet pour l'Union des producteurs agricoles de la région de Québec.
Bien que la capitale nationale génère 12 % du volume provincial, c'est en Montérégie qu'on note la plus grande concentration de travailleurs saisonniers au Québec.
Conditions
«C'est un programme saisonnier temporaire qui n'est pas là pour favoriser l'immigration. Les gens viennent dans le but de ramener de l'argent chez eux», a poursuivi M. Méthot.
Le taux horaire pour la cueillette de fruits et de légumes est de 9 $, soit l'équivalent du salaire minimum. Pour certains autres secteurs, il est supérieur. Les Mexicains rencontrés parLe Journal ont accumulé, en moyenne, 1 500 heures pour cinq mois et demi de travail.
«Les conditions ne peuvent jamais être en deçà des normes du travail», a précisé l'agent de projet.
La sélection se fait par le gouvernement mexicain. Les travailleurs mariés, ayant des enfants, qui possèdent une expérience en agriculture ont la priorité.
Après un an, ils accumulent de l'ancienneté sur les fermes qui les embauchent. Considérant les coûts de transport et d'hébergement que les employeurs doivent assumer, le prix réel de cette main-d'oeuvre varie entre 12 $ et 15 $ l'heure.