L'exclusion de deux formations musicales anglo-montréalaises d'un spectacle de la Fête nationale a été dénoncée sans réserve lundi par les libéraux et les péquistes.
La ministre de la Culture, Christine St-Pierre, a pointé du doigt la frange «intolérante» du mouvement souverainiste tandis que le porte-parole de l'opposition officielle en matière de langue, Pierre Curzi, a appelé les responsables à faire marche arrière.
M. Curzi et Mme St-Pierre s'opposent à la décision de l'Association culturelle Louis-Hébert d'exiger le retrait des groupes Bloodshot Bill et Lake of Stew du spectacle alternatif L'Autre St-Jean, qui aura lieu le 23 juin à Montréal.
Toutefois, le quotidien montréalais The Gazette affirmait plus tard dans la journée de lundi que le musicien Bloodshot Bill avait reçu confirmation que la formation Lake of Stew et lui-même pourraient monter sur scène lors de l'événement, malgré les protestations de certains groupes. Les artistes anglophones ont en effet rapidement été remis au programme par les organisateurs du concert.
Les deux groupes anglophones avaient au départ été invités à se produire aux côtés de Malajube, Vincent Vallières, Les Dale Hawerchuck et Marie-Pierre Arthur.
Commanditaire de l'événement, l'Association culturelle Louis-Hébert - un organisme proche de la Société Saint-Jean-Baptiste - ne veut que des chansons en français et refuse de tolérer la présence de groupes exerçant leur art dans la langue de Shakespeare.
Pour la ministre St-Pierre, cela démontre qu'il «y a des gens qui sont très intolérants et qui voudraient que l'on vive dans une sorte de bulle».
Selon elle, les éléments les plus radicaux de la mouvance souverainiste ont une réaction «épidermique» face à l'anglais.
«Nous savons où se loge la Société Saint-Jean-Baptiste (une instance du Mouvement national des Québécois). Il y a la défense de la langue, mais aussi la souveraineté. Ils disent qu'ils veulent une société inclusive. Alors il n'y a pas de raison d'exclure des Québécois», a dit la ministre en entrevue à La Presse Canadienne.
Les anglophones ont aussi bâti le Québec et ne sont pas moins Québécois que leurs compatriotes francophones de souche, a ajouté Mme St-Pierre.
«Les anglophones sont parmi nous depuis 250 ans. Ce sont des Québécois. Bien sûr, c'est le français qui est à l'honneur à la Fête nationale, mais les Québécois veulent vivre dans une société inclusive, ce qui comprend les anglo-québécois», a-t-elle lancé.
Son vis-à-vis du Parti québécois, Pierre Curzi, n'a pas voulu vilipender les membres de l'Association culturelle Louis-Hébert. Il estime néanmoins que la décision d'exclure les groupes anglophones de la fête ne tient pas la route.
«Ils étaient peut-être animés de bonnes intentions, mais ils devront revenir sur cette mauvaise décision. Pour ma part, je trouve ça très bien que des groupes anglophones s'associent à la Fête nationale. Cela démontre que notre société est ouverte», a dit M. Curzi.
Il y a un an, le député Curzi avait été passablement varlopé pour s'être associé à une pétition exigeant que le chanteur britannique Paul McCartney entonne des chansons de Félix Leclerc - en français bien sûr - sur les Plaines d'Abraham. Depuis ce temps, il manoeuvre avec prudence dans le dossier linguistique.
En fin d'après-midi, lundi, l'affaire a continué à prendre de l'ampleur.
Mandatée par l'Association Louis-Hébert pour mettre sur pied L'Autre St-Jean, la firme C4 Productions affirmait en début de journée lundi qu'elle maintenait Lake of Stew et Bloodshot Bill à la programmation.
En incluant les prestations des autres artistes à l'affiche, le spectacle de six heures comportera 40 minutes en anglais, souligne un communiqué des producteurs.
De son côté, le Mouvement national des Québécois (MNQ), qui coordonne la Fête nationale du Québec, a qualifié la controverse de «dérive médiatique».
«La Fête nationale du Québec est celle de tous les Québécois, peu importe leur langue ou leur affiliation politique. Aussi, nous avons convoqué les différents intervenants afin de trouver une solution à la présente situation», a indiqué Chantale Trottier, présidente du MNQ.
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