En Somalie, c'est le retour du beau temps. Les vagues dépassent à peine deux mètres, même au large, et les vents sont faibles. Bref, les conditions climatiques sont parfaites pour... détourner des bateaux.
«Les pirates ont mis la barre plus haut récemment (...). Nous sommes toujours dans le cycle haut et il pourrait y avoir deux à trois semaines de plus de ce type», a récemment fait savoir Nick Davis, expert à la tête d'une compagnie de sécurité privée spécialisée dans la sécurité maritime et basée en Grande-Bretagne.
Les dernières semaines ont été passablement agitées dans cette zone du globe réputée pour son instabilité chronique. Selon les derniers recensements, au moins 18 navires et près de 300 membres d'équipage sont détenus par différents groupes de pirates qui agissent dans l'immense secteur (deux millions de km2) de l'océan Indien et du golfe d'Aden, au large de la Somalie, dans la Corne de l'Afrique.
Détourné en 16 minutes
Un des détournements les plus spectaculaires fut celui du superpétrolier saoudien, le Sirius Star, le 15 novembre dernier, dans l'océan Indien. Les pirates ont eu besoin d'à peine 16 minutes pour s'emparer de ce navire de 330 mètres (plus long que trois terrains de soccer, ont calculé les experts) qui transportait deux millions de barils de brut.
Huit semaines et trois millions de dollars de rançon plus tard (ce chiffre n'a jamais été confirmé officiellement), l'immense bâtiment a été libéré. À lui seul, le Sirius Star vaut 150 millions de dollars. Sa cargaison, au moment de sa capture, était estimée à 100 millions $.
Héros national
La semaine dernière, l'histoire de Richard Phillips, capitaine du Maersk Alabama, a passionné les États-Unis. Capturé, ce dernier se serait offert comme otage en échange de la liberté de son équipage. Phillips a ensuite courageusement tenté d'échapper à la nage à ses jeunes ravisseurs âgés entre 17 et 19 ans.
Détenu sur un canot de sauvetage pendant cinq longues journées, le capitaine a fini par être libéré, à la suite d'une opération commando américaine musclée qui s'est soldée par la mort de trois pirates. Immédiatement après l'attaque, le chef du groupe des ravisseurs a juré de venger la mort de ses hommes et promis de s'attaquer particulièrement aux navires américains.
Skipper tué
Presque simultanément, une opération française en vue de libérer les otages du voilier Le Tanit, détourné au large du golfe d'Aden, a viré au fiasco. Le skipper Florent Lemaçon, 28 ans, a été tué, possiblement par des «tirs amis», au moment de l'assaut mené par les militaires français.
Sa femme, son enfant de trois ans ainsi qu'un couple d'amis ont été sauvés et rapatriés en France. Au cours de la même opération, deux ravisseurs somaliens ont été abattus.
Signe de la quasi-inexistence de gouvernement en Somalie, trois pirates ont été arrêtés et expédiés en France. Paris tentera de les faire juger dans l'Hexagone.