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Un chef dans les fast-foods

Dis-moi ce que tu manges!

Thierry Daraize
18/02/2008 08h56 - Mise à jour 19/02/2008 09h44

Un chef dans les fast-foods - Dis-moi ce que tu manges!
Le chef cuisinier Thierry Daraize a travaillé incognito chez PFK, Burger King et McDonald's. 
© Pierre-Paul Poulin / Le Journal de Montréal

Vous rappelez-vous cette publicité candide? Deux enfants jouent dans la neige et font un saut dans les airs avec une petite luge. Après une chute et un léger trou noir, ils se réveillent et aperçoivent le M de McDonald's; un des garçons dit ceci: Je crois qu'on est au paradis...

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  • Chez McDonald's
  • Votre opinion:

    Que pensez-vous des observations faites par le grand chef Thierry Daraize?

    Moi aussi, je veux aller au paradis, et curieux comme je suis, j'ai décidé de découvrir un autre univers, une autre planète, un monde inconnu pour moi, celui des fast-foods et de ses gras volatils, des huiles de friture qui vous enveloppent lorsque vous y passez quelques heures de travail.

    Je me suis donc retrouvé dans le saint des saints de la poitrine de poulet frit, au paradis des burgers et chez Mac le clown.

    Je voulais voir par moi-même, me faire ma propre opinion, sans me laisser influencer par les rumeurs, les ragots et légendes urbaines...

    Je souhaitais comprendre le fonctionnement, voir la qualité des produits servis, la cadence de travail...

    Bien sûr, cela n'a rien à voir avec ce que j'ai vécu comme chef.

    SANS CONDAMNATION

    Je vous rapporte, chers lecteurs, ce que j'ai vraiment vécu pendant cette aventure, et cela sans amertume, sans faux-fuyant, sans exagération, sans condamnation (je vous laisse juge).

    Depuis la nuit des temps, l'homme doit manger pour vivre. Depuis quelques milliers d'années, il a raffiné son mode de préparation, de la découverte du feu à la fabrication du chocolat. L'être humain a élaboré ses méthodes, a usé de génie pour cultiver et créer des merveilles alimentaires, mais depuis 50 ans, il y a eu dérapage.

    La surproduction, la dérive des engrais chimiques, l'appauvrissement de la terre, la viabilité des aliments vendus en supermarchés (qui doivent impérativement durer le plus longtemps possible sur les tablettes) et la prolifération des restaurants fast-foods ont eu pour conséquence, selon moi, surtout dans les 20 dernières années, de ne plus permettre à la jeune génération, de faire la différence entre ce qui devrait être fait et ce qu'on leur propose aujourd'hui.

    Je ne fais pas partie de ces nostalgiques qui disent «ah! dans mon temps, on mangeait ceci ou cela». Je suis né justement dans une période où la dérive était considérable, l'industrialisation des campagnes, les pesticides à outrance, avec les conséquences qu'on connaît aujourd'hui, la dioxine, la vache folle, les OGM...

    LAXISME

    Ce qui me préoccupe le plus, c'est le manque d'interrogations de la population sur ce qu'elle ingère et le laxisme flagrant des gouvernants, qui laissent tout faire. Pourquoi les industriels de l'alimentation seraient-ils nos professeurs ou éducateurs de goût? Ce n'est pas leur vocation. Leur raison d'être, c'est de faire de l'argent et de faire plaisir aux actionnaires.

    Qui protégera les consommateurs? Qui protégera nos enfants? Qui protégera notre avenir culinaire et alimentaire si on laisse tout faire et n'importe quoi?

    Avez-vous vu les publicités alimentaires? Les regardez-vous vraiment? Les enfants, eux, n'y échappent pas. Demandez à un enfant de vous dire ce que c'est du chocolat, il vous dira que c'est noir, que c'est sucré, que certains sont encore meilleurs, car il y a un petit jouet à l'intérieur, d'autres vous diront que le chocolat pousse dans des arbres, en tablettes, c'est à pleurer...

    Je n'ai pas la prétention de répondre à ce dilemme et je n'ai pas réponse à tout, mais si, déjà à l'école, on pouvait avoir des cours sur la nutrition, sur la cuisine, sur le bonheur d'aller au marché, de découvrir des artisans, de les valoriser, pour montrer qu'il n'y a pas que les fast-foods dans la vie.

    L'éducation en général et à la maison en particulier est sûrement la solution, mais pour pouvoir bien éduquer, il faut avoir les informations nécessaires.

    Les OGM sont dans la majorité des produits préparés et l'étiquetage n'est pas obligatoire: normal, le Canada, avec les États-Unis, est le plus grand producteur d'OGM du monde.

    FATALITÉ

    Je ne suis pas en guerre contre les fast-foods et encore moins contre les employés qui y travaillent, je suis en guerre contre cette fatalité qui ne permet plus au consommateur de faire la différence entre le prêt-à-manger vite digéré et le goût des vraies choses: celles faites avec amour, passion et respect pour le genre humain.

    Cette aventure m'a bouleversé, m'a fait voir le gouffre alimentaire que l'on offre à nos enfants.

    C'est plus un cri du coeur qu'un cri d'alarme.

    Bon appétit!


    Pour en savoir plus ...
    •  Lisez les critiques de restaurants de Thierry Daraize sur Canoë






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