M. Singh a réussi l'examen du Conseil médical du Canada en 1995, après deux essais infructueux. «Dès mon arrivée, je me suis mis à étudier pour passer cet examen.
«C'est très difficile pour les médecins étrangers parce qu'on a une vingtaine de livres à étudier sans avoir aucune idée du genre de questions qu'on va nous poser. Les jeunes qui étudient ici, eux, ont l'avantage de connaître le type de questions.»
Comme la majorité des médecins étrangers dans sa situation, c'est au moment d'obtenir un stage en résidence dans un hôpital que la sauce s'est gâtée. «J'ai essayé pendant trois ans auprès de CaRMS, l'organisme qui jumelle les résidents à des hôpitaux, sans succès.»
En 1998, fatigué de ne pas être reconnu au Canada, M. Singh a tenté sa chance aux États-Unis, où il a passé l'un des deux examens avant de s'apercevoir que, là aussi, la tâche serait difficile.
Salaire minimum
Après avoir approché 500 hôpitaux ou cliniques au Canada et un lot d'entreprises pharmaceutiques, il s'est résolu à s'installer dans un taxi en 1999. Même s'il a cessé ses démarches, il espère encore pouvoir pratiquer son métier.
«Je serais prêt à aller n'importe où, même dans les endroits très loin où on ne trouve pas de médecin. Je serais prêt à être infirmier. Si on ne veut pas que je sois en relation avec les patients, qu'on me fasse travailler dans la recherche. Je serais prêt à travailler au salaire minimum.»
La situation est semblable pour Abdenahman Ramdan (nom fictif). D'origine algérienne, M.Ramdan, âgé de 53 ans, est lui aussi arrivé au Canada en 1992.
Il a passé l'examen fédéral ainsi que l'examen théorique provincial. C'est au niveau de l'examen pratique que ça se gâte. «L'évaluation est très subjective, et elle est faite par des étudiants qui sont en première année de résidence», déplore-t-il.
Les candidats locaux, juge-t-il, sont nettement favorisés lors des évaluations. Même s'il réussit ce test, il sait que la bataille ne sera pas gagnée. «On sera encore plus dur lors de l'entrevue pour une place en résidence.»
L'an dernier, l'Ontario a émis plus de 1 200 permis de pratique à des médecins provenant de l'extérieur du pays, contre une cinquantaine pour le Québec.
Étudier en médecine n'est pas chose facile en Inde. «Il y avait 25 000 demandes et on n'en a retenu que 300», se souvient M. Singh de son entrée dans le programme.