Les gangs de rue se partagent Montréal

Vincent Larouche
Le Journal de Montréal

Dernière mise à jour: 05-10-2006 | 15h38

Deux souliers attachés ensemble et suspendus aux lignes électriques. Message des gangs de rue aux citoyens et aux policiers: vous êtes sur notre territoire.

Un territoire qu'ils sont prêts à défendre farouchement. Cette semaine encore, les maisons d'honnêtes citoyens du quartier Saint-Michel ont été criblées de balles pendant une fusillade qu'on croit liée aux gangs.

Aussi sur Canoe.ca

Avec l'aide d'une demi-douzaine de membres et ex-membres de gangs de rue, ainsi que de plusieurs intervenants spécialisés, Le Journal de Montréal a dessiné une carte des zones rouges et bleues de Montréal.

Les principaux gangs de Bloods (Rouges) ont leur base à Montréal-Nord et Rivière-des-Prairies. Les gangs dominants des Crips (Bleus) sont solidement ancrés dans les quartiers Saint-Michel et Pie-IX.

Et gare à celui qui oserait afficher la mauvaise couleur dans le mauvais quartier.

Ado de 17 ans tué

«Si on voit chez nous un gars qui vient de Montréal-Nord, on l'encercle. Quand on en prend un, on l'envoie dans le coma», assure Pombo, 17 ans, un membre des Crips.

Certains ont encore moins de «chance». En octobre dernier, Patricio Astudillo a été tué en pleine heure du dîner devant l'école Évangéline, à Cartierville. L'adolescent de 17 ans s'affichait comme un Bleu dans un quartier de Rouges.

«C'est dangereux pour les gars de gangs, ou bien les gens qui ne viennent jamais dans le coin, affirme Léo, membre des Bloods à Montréal-Nord. Ceux-là vont se faire questionner. On demande leur carte étudiante, pour savoir de quel coin ils viennent. Mais c'est juste avec les jeunes, ça. Les adultes, on sait qu'ils ont leurs affaires à faire.»

Les adolescents montréalais apprennent très jeunes à quelle couleur est affilié leur quartier.

Isaac, un jeune qui a fréquenté les têtes dirigeantes des Bloods, parle d'une frontière entre les Rouges et les Bleus qui longe le boulevard Pie-IX à partir du nord, avant de bifurquer sur Viau. «Ça, c'est the line, affirme-t-il. Si tu traverses la ligne, tu es en danger.»

Des guetteurs

Les gangs majeurs ont des guetteurs dans leur territoire pour les avertir de l'arrivée de la police.

Ils cachent même leurs outils -le terme qu'ils utilisent pour les armes à feu- dans le voisinage pour être toujours prêts à repousser une attaque.

«Comme ça, les outils, on ne les traîne pas sur nous, on peut les prendre si on en a besoin», explique Pombo.

S'ils ont chacun son territoire défini, pourquoi les gangs s'affrontent-ils si souvent dans les rues de Montréal? Isaac a sa théorie sur le sujet. «La guerre, c'est pour l'argent, les territoires de la drogue, dit-il. Les motards ont donné Montréal-Nord aux Rouges, mais il n'y a pas trop d'argent, à Montréal-Nord! Les Bleus peuvent vendre au centre-ville et sur le boulevard Saint-Laurent, qui est plus payant.»

Les gangs de rue en chiffres

  • Une vingtaine de gangs majeurs.
  • De 350 à 500 membres de gangs de rue majeurs.
  • Une trentaine de gangs émergents, qui peuvent durer un an avant de se dissoudre et de faire place à un autre groupe.
  • Les gangs sont surtout divisés en deux groupes : les rouges, ou Bloods, et les bleus, ou Crips.
  • Environ 20% des membres de gangs de rue ont entre 10 et 16 ans, 60% entre 17 et 28 ans et 20% entre 29 et 35 ans.

    Du 1er janvier au 19 juin 2006

  • 8 meurtres et 29 tentatives de meurtre reliés aux gangs de rue
  • 779 arrestations
  • 50 perquisitions
  • Saisie de 52 armes à feu, 97 armes blanches, 100 000 $ en argent, 2,5 kilos de marijuana, 1,2 kilo de cocaïne et 6 kilos de crack.

    Deux grandes familles défendent avec acharnement chacune son territoire

    Les Crips (Bleus) et les Bloods (Rouges) ne sont pas des gangs en tant que tels mais des «familles» ou des «consortiums» de gangs alliés qui adoptent la même couleur et font front commun. Au fil des entrevues, le Journal a pu dresser un portrait partiel des gangs de rue actifs à Montréal. Deux grandes familles défendent avec acharnement chacune son territoire.

    Les crips (Bleus)

    Crack Down Posse (Saint-Michel) Les CDP sont le principal gang de Crips, qui étend son influence sur les autres gangs affiliés aux Bleus. Ils chapeautent plusieurs groupes de plus jeunes:

  • 47 (PIE-IX) Gang subordonné aux CDP et originaire de la 47e Avenue.
  • 67 (Saint-Michel) Groupe «frère» des CDP. Actif dans Saint-Michel et Pie-IX. Ils tirent leur nom de la ligne d'autobus 67, qui sillonne le boulevard Saint-Michel.
  • 99 (Villeray) Gang qui tire son nom de la ligne d'autobus 99 empruntant la rue Villeray.

    Kazee Brezze (Pie-IX et Saint-Michel) Groupe de vétérans Bleus au nom créole, de la même génération que les CDP.

    MS-13 (Saint-Michel) Jeunes latinos, reconnus pour leur violence, tout comme leurs ennemis jurés, les 18. Ils sont préoccupés par la défense de leur territoire et de leur honneur, moins par l'argent. Ils s'inspirent des MS-13 ou «Mara Salvatrucha», qui sèment la terreur aux États-Unis et en Amérique latine.

    Les bloods (Rouges)

    Bo-gars (Montréal-Nord, Rivière-des-Prairies et Laval) Les «vétérans» ou «Original gangsters» de tous les Rouges.

    Bad Boys (Rivière-des-Prairies et Montréal-Nord) Autre gang de vétérans. Ils seraient en train de changer de nom pour Unité 44, du nom de la ligne d'autobus 44 qui dessert le boulevard Armand-Bombardier, à Rivière-des-Prairies.

    18 XVIII ou 18 th Street (Saint-Léonard et Ahunstic) Gang latino qui s'inspire du 18 th Street gang de Los Angeles. Les 18 seraient présentement en guerre contre les 67 et les MS-13.

    Consultez Le Journal de Montréal pour voir la carte des zones rouges et bleues de Montréal.


  • Vidéos

    Photos