Plus ambivalents que jamais, les Québécois donnent un appui sans précédent à la souveraineté tout en se déclarant attachés au Canada, à l’hymne national et à la feuille d’érable.
La population du Québec joue vraiment sur tous les tableaux à la fois, révèle notre sondage mené auprès de 2008 répondants.
Plus d’un Québécois sur deux (55%) estime ainsi que les intérêts de la province sont mal protégés dans la Confédération canadienne. L’appui à la souveraineté va dans le même sens, atteignant un sommet de 54 %.
Une proportion semblable de 57 % des répondants croit que le reste du Canada a une mauvaise opinion des Québécois. Des commentateurs canadiens ont en effet soutenu que le scandale des commandites démontre la corruption totale de la politique au Québec.
Pas de doute, on assiste à une vague nationaliste. Les Québécois se décrivent comme autonomistes et soutiennent massivement le Bloc québécois sur la scène fédérale et le Parti québécois au provincial.
Ô Canada
Et puis? Et puis, il y a le Canada. Le système de santé, les programmes sociaux, l’argent qui sort par les oreilles du gouvernement fédéral, la sécurité publique.
Une majorité de Québécois considèrent qu’ils ont avantage à faire partie du Canada, indique notre sondage; 63% des répondants (dont 51% des souverainistes) se disent gagnants au plan de la sécurité publique, 59% sur le plan social, 58% sur le plan économique et 47% sur le plan de la santé.
«Le premier choix des Québécois n’est pas la souveraineté du Québec. Le premier choix, c’est le Canada. Par contre, le Canada actuel ne leur plaît pas», affirme Jean-Marc Léger, président de Léger Marketing. «La souveraineté ne se fait pas contre le Canada. On les aime, les Canadiens!» dit-il encore.
Le drapeau aussi
C’est vrai qu’on les aime, les Canadiens. Une solide majorité de 82% des répondants disent avoir une «bonne opinion des Canadiens des autres provinces en général», selon le sondage.
Pas surprenant que le drapeau et l’hymne national du Canada demeurent des symboles importants pour 56% et 52% des Québécois. Même les francophones restent attachés (à 49% et 47%) à ces symboles canadiens que le gouvernement Chrétien a tenté de «vendre» au Québec à coups de millions de dollars avec le programme des commandites.
Les Québécois aiment tellement le Canada que 75% des répondants se déclarent fiers d’être Canadiens.
Mais ils sont encore plus fiers d’être Québécois. À 92 %.
Percées souverainistes
Le mouvement souverainiste fait deux percées importantes en recueillant l’appui de tous les groupes d’âge, sauf les 65 ans et plus, et en séduisant le tiers des allophones, depuis toujours hostiles à l’indépendance du Québec.
Une majorité sans équivoque de 55% à 59% des Québécois de 18 à 64 ans appuie la souveraineté, indique le sondage Léger Marketing effectué pour Le Journal de Montréal.
Seuls les 65 ans et plus demeurent opposés à l’indépendance du Québec, avec un appui de 39% à la souveraineté. «Ce qui est nouveau, c’est que la souveraineté pénètre tous les groupes d’âge, sauf les 65 ans et plus», explique Jean-Marc Léger, président de Léger Marketing.
Au référendum de 1980, l’appui à la souveraineté se situait majoritairement chez les moins de 35 ans, selon lui. En 1995, c’était chez les moins de 45 ans. Aujourd’hui, la majorité souverainiste englobe les moins de 65 ans.
La ferveur nationaliste des 18-24 ans et des 25-34 ans, à 58 %, devient cependant plus timide: en 1980, jusqu’à sept jeunes sur 10 appuyaient la souveraineté, rappelle Jean-Marc Léger.
Ces souverainistes de la première heure, aujourd’hui âgés de 55 à 64 ans, restent fidèles à leur rêve de jeunesse en appuyant la souveraineté à 55%, indique le sondage.
Le mouvement souverainiste semble aussi effectuer une percée auprès des immigrants. Les allophones (les gens dont la langue maternelle n’est ni le français ni l’anglais) appuient l’indépendance à 31 %.
Cette tendance nouvelle paraît fiable parce que les allophones constituent un échantillon important du sondage, avec 300 des 2008 répondants au sondage, fait valoir Jean-Marc Léger.
Le Bloc fonce vers la victoire
Le gouvernement Martin peut éviter le massacre. Mais il risque quand même de perdre des plumes aux mains du Bloc québécois.
Le Parti libéral a repris le terrain perdu dans la foulée du scandale des commandites au Québec, récoltant 24% d’appuis, mais reste loin du Bloc québécois qui fonce vers la victoire avec 52% des voix, indique le sondage de Léger Marketing.
Si l’élection est déclenchée cette semaine comme prévu, on risque d’arriver à des résultats assez semblables à ceux de l’an dernier, croit Jean-Marc Léger.
«Les libéraux ont récupéré ce qu’ils avaient perdu au cours des dernières semaines. Les gens qui disent que le Bloc va balayer le Québec sont dans l’erreur», affirme le président de Léger Marketing.
«Si le Bloc va chercher trois ou quatre sièges de plus, c’est un succès. Le Parti libéral risque de revenir aux résultats de l’an dernier», ajoute-t-il.
Les troupes de Gilles Duceppe ont réédité en juin 2004 la victoire éclatante de Lucien Bouchard en 1993, raflant 54 circonscriptions. Le gouvernement minoritaire de Paul Martin a dû se contenter de 21 sièges au Québec.
Les conservateurs de Stephen Harper, qui avaient grimpé jusqu’à 17% dans les intentions de vote au Québec à la mi-avril, sont retombés dans l’insignifiance à 10%. Le NPD de Jack Layton se maintient pour sa part à 11 %.
À Québec, les nouvelles ne sont guère meilleures pour le gouvernement libéral de Jean Charest, qui traîne loin derrière le PQ (47% contre 25%) malgré une remontée de quatre points en un mois.
Les libéraux sont remontés à égalité avec l’Action démocratique de Mario Dumont, qui se maintient à 25%. Les troupes de Jean Charest atteignent toutefois le fond du baril au troisième rang, à huit points de l’ADQ, chez les électeurs francophones.