Bouclier antimissile: 30 minutes pour sauver l'Amérique!

Laurent Soumis - Journal de Montréal

Dernière mise à jour: 01-02-2005 | 11h32

Trente petites minutes. Voilà le temps dont disposent les États-Unis d’Amérique pour répondre à l’attaque de leur territoire par un missile ennemi.

Plus de 30 États disposent aujourd’hui de missiles balistiques, soulignent les autorités américaines. L’arsenal de ces États comprend des centaines de lanceurs.

Au cours des dernières années, des missiles ont été utilisés dans au moins six conflits régionaux. Et plus de 25 nations ont, ou développent, des armes de destruction nucléaires, chimiques ou biologiques.

Au lendemain des attentats du 11 septembre 2001, le président George W. Bush a clairement indiqué la détermination de son administration à répondre à ce qu’elle perçoit comme une sérieuse menace.

«Défendre le peuple américain contre ces nouvelles menaces constitue ma plus importante priorité comme Commandant en chef, et la plus importante de mon administration», a affirmé M. Bush.

Depuis près de 20 ans, les Américains ont entrepris la construction d’un bouclier antimissile. Et depuis deux ans, les choses vont en accéléré.

À partir des informations obtenues de l’Agence américaine antimissile et de la photothèque du Pentagone, le Journal a pu recréer une séquence d’engagement, en simulant l’intervention des différentes composantes du système qui sont déjà développées ou qui le seront très prochainement.

Certes, le chronométrage (ici utilisé) est fictif, mais il respecte en tout point les plans de défense américains.

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Étape 1: 00:00:00

    Un missile est lancé sur les États-Unis d’Amérique. On ne sait pas encore s’il s’agit d’un tir accidentel ou délibéré, autorisé ou non par les autorités du pays concerné. On ignore si le missile contient des armes conventionnelles, chimiques, bactériologiques ou nucléaires. Le Système de défense antimissile (BMDS) entre en action. Les militaires ne disposent que de 30 minutes pour éviter la catastrophe. Différents éléments du « bouclier » seront déployés pour détruire le missile durant les trois phases de sa trajectoire : lors de son ascension, au milieu de sa course et dans sa phase terminale.

Étape 2: 00:00:01

    Immédiatement après le lancement, les senseurs et autres satellites militaires détectent la menace. Premier élément du « bouclier », le Système de surveillance et d’observation de l’espace (STSS) sonne l’alarme. Il suit la trajectoire du missile et fournit une première évaluation de sa cible. Ci-dessus, l’un des satellites actuellement en opération du Programme de soutien à la défense (DSP). Il est muni de capteurs infrarouges capables de détecter la chaleur dégagée par le propulseur du missile.

Étape 3: 00:00:05

    L’état-major de l’armée américaine reçoit l’alerte. Elle est immédiatement relayée au quartier général du US Northen Command (USNORTHCOM), au Colorado, chargé du Système antimissile. Ci-dessus, un officier de l’armée surveille les écrans témoins du Centre des opérations de Cheyenne Mountain, où se trouve le quartier général commun du USNORTHCOM et du Commandement de la défense aérospatiale de l’Amérique du Nord (NORAD). Les puissants ordinateurs du bunker calculent la trajectoire probable du missile.

Étape 4: 00:00:10

    En position dans l’océan Pacifique, les destroyers américains Aegis traquent le missile. Leurs radars SPY-1, hyper-perfectionnés, balayent le ciel. Les données recueillies par les radars, qui utilisent la bande S, sont immédiatement transmises à un autre élément du bouclier, le réseau informatique du Système de défense au sol de la mi-course (GMD). Les ordinateurs carburent à plein régime. On connaît maintenant la trajectoire exacte de l’engin destructeur.

Étape 5: 00:02:01

    Un Boeing 747-400 décolle de l’une des bases de l’aviation américaine. Le nez de l’appareil est équipé d’un laser COIL, alimenté par de l’oxygène et de l’iode et muni d’un miroir déformant capable de lancer un rayon laser qui suivra la courbe du globe terrestre. Avec le Airborne Laser (ABL), l’équipage tentera de détruire le missile en réchauffant à distance sa surface métallique. Les combattants disposent encore de une à trois minutes avant que le missile ne sorte de l’atmosphère et n’atteigne son altitude de croisière d’environ 500 kilomètres.

Étape 6: 00:04:00

    Des intercepteurs (GMD) du Système de défense au sol de la mi-course sont lancés depuis les bases américaines de Fort Greely, en Alaska, et de Vandenberg, en Californie. Ces intercepteurs fileront dans l’espace à la rencontre du missile. Ils transportent chacun à leur bord un « véhicule de frappe » qui, une fois libéré, ira percuter le missile balistique pour en provoquer l’explosion. C’est la technologie dite « hit-to-kill », c’est-à-dire « frapper pour détruire ». L’engin ne contient aucune bombe à proprement parler.

Étape 7: 00:04:35

    Au sol, les radars du Système d’alerte avancée (UEWR) suivent le missile à la trace. Ils permettent de distinguer le lanceur (qui s’est maintenant séparé du missile), le véhicule de rentrée (qui transporte la bombe), et les éventuels leurres (lancés par l’ennemi pour brouiller le système de défense). Les radars UEWR (notre photo) permettent aussi de corriger la trajectoire des intercepteurs et, plus tard, des véhicules de frappe qui tenteront, au cours des vingt prochaines minutes, d’entrer en collision avec le missile.

Étape 8: 00:15:45

    Une fois libérés des intercepteurs qui les transportent, les véhicules de frappe filent à la rencontre du missile à l’extérieur de l’atmosphère. Ces véhicules, qui pèsent à peine le poids d’un être humain (77 kilogrammes), n’ont en soi rien de menaçant. Mais une fois libérés de leur lanceur, ils volent à la vitesse vertigineuse de 24 000 kilomètres à l’heure (240 fois la vitesse d’une automobile sur l’autoroute). C’est tout dire de la puissance de l’impact à venir. Ils sont munis de senseurs capables de distinguer le vrai du faux et peuvent corriger leur trajectoire.

Étape 9: 00:21:03

    Pour diverses raisons, les différents intercepteurs lancés aux trousses du missile ennemi ont échoué. Dans moins de quatre minutes, le missile fera sa rentrée dans l’atmosphère. Il ne restera plus alors qu’une minute avant l’impact au sol. C’est là qu’entre en œuvre l’ultime composante du Système antimissile : le Système de défense terminale en haute altitude (THAAD). Le THAAD dispose de ses propres radars pour guider la défense antimissile qui sont montés sur des camions-remorques.

Étape 10: 00:22:21

    Une fois l’agresseur repéré par les radars du THAAD, les lanceurs entrent en action. Un intercepteur est mis à feu depuis l’une des plateformes mobiles de lancement . L’objectif est de détruire le missile et les armes de destruction de masse qu’il transporte dans l’atmosphère, afin que les débris se désintègrent avant de toucher le sol. Les lanceurs, intercepteurs, radars et postes de commandement du THAAD peuvent être déployés en quelques heures n’importe où à travers le territoire américain. Toutes les composantes du système tiennent dans la carlingue d’un avion cargo C-130.

Étape 11: 00:23:02

    En cas d’échec, il ne reste plus que deux composantes du système qui peuvent détruire le missile. Celui-ci s’apprête à entreprendre sa descente pour s’abattre sur sa cible. On ordonne aux batteries de missiles Arrow de faire feu. Ces missiles ont été développés conjointement par les États-Unis et Israël afin de permettre à l’État hébreu de défendre ses frontières. Ils sont conçus pour intercepter des missiles à faible distance de leur cible. Le système est pleinement opérationnel depuis quatre ans.

Étape 12: 00:24:18

    Décision est prise de mettre à feu les batteries de missiles Patriot PAC-3. À l’heure actuelle, c’est l’élément le plus achevé du Système de défense antimissile. Les PAC-3 ont déjà été utilisés lors du déclenchement de la guerre contre l’Irak en 2003. À l’heure actuelle, les États-Unis développent conjointement avec l’Allemagne et l’Italie le Système de défense aérienne de moyenne portée (MEADS), qui utilisera la même plateforme que les PAC-3. Le système utilisera aussi la technologie « frapper pour détruire ».

Étape 13: 00:25:06

    Le missile meurtrier est enfin détruit avant qu’il n’effectue sa descente finale vers sa cible.

Étape 14: 00:25:07

    Les radars X-Band captent la destruction de l’objectif.

Étape 15: 00:25:08

    Les écrans témoins du U.S. Northern Command confirment l’information. La catastrophe a été évitée.

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