Sans faire de bruit, la facture des quatre sous-marins usagés, acquis par la Défense nationale en 1998, est en voie d’atteindre le cap du milliard de dollars, révèle une enquête du Journal de Montréal.
La Défense vient d’accorder un contrat supplémentaire de «plusieurs dizaines de millions» à la firme BAE Systems Projects pour des travaux d’ingénierie sur les sous-marins, a appris le Journal.
Plusieurs sources ont confirmé que BAE et le ministère de la Défense doivent annoncer dans les prochains jours le nouveau mandat d’un an confié à la firme britannique, qui vient s’ajouter à une facture totalisant déjà 900 millions.
Ce contrat daté du 28 août 2004, ajouté à une série d’autres imprévus survenus depuis six ans, entraînent la facture totale des sous-marins vers des profondeurs insoupçonnées. Le coût du projet dépasse désormais de 30 % les 750 M$ prévus à la signature du contrat original, en 1998.
Les quatre sous-marins usagés, acquis de la Marine royale britannique, sont pourtant loin d’avoir rendu les services auxquels s’attendait la Défense canadienne.
Coûteuses réparations
Un seul des appareils, le NCSM Windsor, basé à Halifax, vient de commencer à patrouiller en mer. Deux représentants du Journal viennent d’ailleurs de prendre part à une mission de 30 heures du Windsor au large de la Nouvelle-Écosse, à 57 mètres sous la mer (tous les détails dans notre édition de samedi).
Les trois autres sous-marins, accablés par une série de problèmes techniques, subissent toujours des réparations plus de six ans après la signature du contrat.
Le NCSM Chicoutimi, attaqué par la rouille, se trouve encore au chantier naval de Barrow, en Grande-Bretagne. Il sera remis au Canada lors d’une cérémonie en Écosse, en fin de semaine, et doit arriver à Halifax à la fin d’octobre, a indiqué au Journal un haut gradé de la Marine.
Fonctionnels ou non, les quatre sous-marins n’ont pas fini de vider les coffres de la Marine, selon des documents obtenus par la Loi sur l’accès à l’information.
La Défense nationale prévoit ainsi renouveler le contrat avec BAE une autre année, à compter d’août 2005, puis accorder un autre mandat de plusieurs années, possiblement à BAE, pour «appuyer» la Défense dans la mise en marche des sous-marins.
Les défaillances à répétition des quatre appareils ont déjà grugé les budgets de la Marine, au point où 70 % des fonds mis de côté pour les imprévus ont déjà été dépensés, révèle un rapport d’étape sur le projet des sous-marins, daté du 10 février 2004.
«L’utilisation de fonds de réserve ne met pas le projet en péril, mais des retards supplémentaires dans la livraison du sous-marin seraient préoccupants», écrivent les gestionnaires du projet.
Le Journal a aussi appris que pour réparer ses sous-marins, la Défense a acheté 5500 pièces de rechange usagées qui n’étaient pas incluses dans le contrat initial de 750 M$ avec la Marine britannique. Le coût a été censuré dans le rapport rendu public par la Loi sur l’accès à l’information.
Le contrat, signé le 28 mars 2003, représente «une très bonne affaire pour le Canada»: il comprenait une garantie d’un an et 18 mois d’entreposage en Grande-Bretagne, souligne la Défense nationale.
Ces contrats de plusieurs dizaines de millions de dollars viennent s’ajouter au mandat initial de six ans confié à BAE Systems Projects, qui prenait fin le 27 août 2004 (BAE s’appelait Vickers Shipbuilding and Engineering Limited au début du contrat, mais a été fusionnée).
En plus de renouveler le contrat de BAE, la Défense a autorisé des dépenses supplémentaires d’au moins 85 M$ pour 17 sous-contrats liés aux sous-marins, le 18 décembre 2003, indiquent nos documents.
Ces frais supplémentaires touchent toutes les facettes de l’exploitation des sous-marins: formation des pilotes, achat et entretien d’équipement, construction de bâtiments en Nouvelle-Écosse et en Colombie-Britannique, et ainsi de suite.
Il faut ajouter à cela des coûts de fonctionnement et d’entretien réévalués à 121 M$ par an pour les quatre sous-marins, encore 20% plus élevés que les 97 M$ prévus à l’origine.