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L'invulnérabilité de la première puissance mondiale est mise à mal. Quelle leçon en tirer?

Les États-Unis pris en défaut

Canoë  Louis-Philippe Ouimet
11/09/2001 23h50 - Mise à jour 13/09/2001 17h56

L'invulnérabilité de la première puissance mondiale est mise à mal. Quelle leçon en tirer? - Les États-Unis pris en défaut
 

On ne pouvait prévoir pire scénario. Les deux tours du World Trade Center s'effondraient ce mardi suite à des actes terroristes qui ont également touché la Maison Blanche et le Pentagone. Analyse de la situation en compagnie de Mathieu Ares, docteur en sciences politiques à l'UQAM.

En moins de deux heures, les fondements même de l'impérialisme américain se sont vus fortement ébranlés. New York et Washington ont été la cible d'actes terroristes d'une ampleur inégalée et encore non revendiquée. Les estimations les plus pessimistes avancent le nombre de 10 000 morts dans cette tragédie en rien comparable à l'explosion de l'édifice Alfred P.Murrah à Oklahoma City (1995).

Un événement qui entre malheureusement dans l'histoire au même titre que l'attaque de Pearl Harbour en 1945 par les Japonais.

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  • Une nouvelle ère diplomatique
    Nous assistons présentement au commencement d'une nouvelle ère diplomatique, où les rapports entre états seront considérablement modifiés suite à cette série d'attentats. La guerre que les Américains pensaient mener dans l'espace ou en sol étranger n'aura pas lieu. Après cinquante ans d'ingérence au niveau international, les États-Unis seraient-ils victimes de leur propre politique?

    L'élection de George W.Bush a marqué un certain retrait de l'implication des Américains sur la scène internationale. La politique Républicaine a toujours prôné une méfiance de l'autre, de l'étranger. Dorénavant, celui-ci frappe au cœur même de la capitale politique, économique et sociale du pays. Le doux confort dans lequel s'est confiné la société américaine depuis plusieurs années est soudainement remis en question.

    Pour la première fois de son histoire, une organisation ose attaquer massivement les États-Unis sur son territoire, désormais atteignable. «On vient de montrer que la vraie guerre va se jouer sur le terrain, avec de petits groupes de terroristes et non dans l'espace comme tend à le démontrer depuis 20 ans le projet 'Guerre des étoiles'. Nous assisterons à une guerre de vulnérabilité» dira Mathieu Ares, docteur en sciences politiques et chercheur à l'UQAM lors d'un entretien tenu suite aux récents événements.

    Psychose à l'américaine
    Selon Mathieu Arès, «Il y a une grande différence avec les événements d'aujourd'hui et ce qu'on l'on a vu dans les attentats passés: dans le cas présent, on vise non seulement le gouvernement, mais également la société américaine. Il y a une gradation dans le phénomène, on veut faire peur aux gens. Par exemple, le premier avion à s'être écrasé sur le World Trade Center (8h45) est passé inaperçu. Méticuleusement, les terroristes ont attendu une vingtaine de minutes pour l'écrasement du deuxième...tout simplement pour que l'on puisse le voir, en direct, à la télévision. Cet acte de terrorisme va donc se poursuivre tous les jours grâce à la vidéo et aux nombreuses rediffusions qui pourront avoir lieu. À n'importe quel moment, nous pourrons revivre un tel moment d'horreur.»

    Le message est le suivant: toute guerre est dorénavant exportable, peu importe le territoire.

    Il n'y a, pour l'instant, aucune revendication dans le cadre de ces attentats. Les terroristes ont déjà eu ce qu'ils désiraient: créer un mouvement de panique et d'instabilité aux États-Unis. Tel que souligné par notre intervenant: «Probablement une centaine d'individus ont travaillé sur cet attentat avec un ou deux cerveaux derrière. Mais on ne sera probablement jamais qui a fait ça. Parce que depuis Pearl Harbour, le peuple américain n'a jamais été ainsi attaqué. Il va y avoir une pression populaire pour une vengeance».

    Les Talibans au centre de l'attentat?
    Trois hypothèses sont émises quant à l'identité de l'agresseur : l'OLP de Yasser Arafat, l'extrême-droite américaine ou les Talibans de Osama bin Laden.

    Peu probable que l'OLP soit au centre de la controverse. Alors que l'organisation a réussi à rendre l'opinion publique favorable à sa cause, il serait totalement absurde que celle-ci balance tous ces efforts déployés depuis les dernières années. De surcroît, la réplique américaine serait fatale pour les dirigeants palestiniens.

    Quelques journalistes ont accusé des groupes apparentés à l'attentat d'Oklahoma City. L'extrême-droite américaine n'aurait jamais attaqué le Pentagone puisqu'elle est trop proche de l'armée. L'hypothèse aurait pu être crédible si l'organisation de renseignements avait été épargnée.

    Reste les Talibans, dont le leader multimillionnaire Osama bin Laden est l'ennemi numéro 1 des Américains: 'Les Talibans sont contre toute modernité, contre le système capitaliste. Leur rejet de la société américaine pourrait les pousser à commettre ces crimes. De plus, c'est une façon de se donner du pouvoir dans le segment religieux en plus de torpiller le processus de paix au Moyen-Orient. Les Talibans voient en Israël l'élément négatif du Moyen-Orient. Et puisque les États-Unis appuient l'État sioniste…'

    À quand la suite?
    Les actes terroristes qui se sont déroulés n'ont pratiquement rien coûté. Quelques billets d'avions, des armes et des volontaires entièrement dévoués à leur cause. L'armée américaine ne pouvait prévoir le coup puisque l'ennemi est invisible. Pas de frontière, pas de base militaire, pas d'avertissements. Qu'est-ce qui empêcherait donc la tenue d'autres attentats du genre?

    «Il y a très peu de solutions. Les 8 à 10 milliards que Bush voulait investir dans le projet 'Guerre des étoiles' vont devoir être dorénavant investis dans des services de renseignements qui permettront de contrer d'autres attentats. Demain, il y aura un deuil national. Il faudra surveiller la réaction de Bush car celui-ci n'hésitera pas à chercher un bouc-émissaire. Au point de vue économique, si la peur s'installe, la récession se poursuivra».

    La supériorité militaire des Américains est ainsi remise en question. Le pays que l'on croyait inatteignable n'est plus aussi solide puisque les bases de son pouvoir sont fortement touchées. Alors qu'un simple virus informatique réussit à paralyser des millions d'ordinateurs dans le monde, qu'une attaque biologique ou chimique est de plus en plus réalisable et abordable, nous sommes en droit de questionner cette supériorité.








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