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C’est un jeu d’enfant, pour les jeunes, que de s’initier aux jeux de hasard et d’argent. Deuxième et dernier texte de notre série sur le jeu compulsif

Quand jouer n’est plus un jeu: les enfants victimes, eux aussi

Canoë  Jean-François Parent - InfiniT.com
28/02/2001 16h31 - Mise à jour 02/05/2001 16h22

C’est un jeu d’enfant, pour les jeunes, que de s’initier aux jeux de hasard et d’argent. Deuxième et dernier texte de notre série sur le jeu compulsif - Quand jouer n’est plus un jeu: les enfants victimes, eux aussi
Malgré la croissance du nombre de joueurs compulsifs chez les jeunes, peu de parents semblent s'en inquiéter. 
Videopoker.com

La percée que connaît la dépendance aux jeux de hasard et d’argent chez les jeunes laisse perplexe. En moyenne, les jeunes ont leurs premiers contacts avec les jeux de hasard et d'argent à 11 ans et demi. De plus, 80 % des adolescents ont joué au cours des 12 derniers mois.

Dans la dernière décennie, la proportion de joueurs compulsifs chez les adolescents est passée de 1,7 % à 2,6 %. Par ailleurs, 4,7 % des jeunes de 12 à 17 ans présentent des symptômes pathologiques du jeu, soit un taux presque 4 fois supérieur à celui des adultes, tandis que de 10 % à 15 % sont considérés «à risque». Des statistiques qui font peur.

Repères: les jeux de hasard et d’argent au Québec chez les adolescents

  • Chez les adolescents québécois, la proportion de joueurs compulsifs est passé de 1,7% à 2,6% dans la dernière décennie.
  • Outre les joueurs compulsifs, il se trouve aussi une importante proportion d’adolescents qui ont des problèmes de jeu : entre 4 % et 6 %. De plus, un jeune sur 10 est à risque.
  • Entre 4 et 7 joueurs compulsifs sur dix ont été initiés au jeu par des membres de leur famille.
  • Huit enfants sur dix, au primaire, ont déjà joué à des jeux de hasard et d’argent.
  • Alors que moins d’un jeune sur dix est tenté par l’alcool, la cigarette ou les drogues à son arrivée au secondaire, plus du tiers s’adonne au jeu sur une base hebdomadaire.
  • La moyenne d'âge à laquelle les jeunes ont leurs premiers contacts avec les jeux de hasard et d'argent est de 11 ans et demi.
  • Malgré que le problème soit en pleine croissance, rares sont les parents qui font le lien entre la passion du jeu et les problèmes.
  • De plus en plus jeune
    La longue liste des chiffres exprimant la croissance du problème de jeu compulsif chez les jeunes se complète par un dernier constat. «L’attrait du jeu est plus fort encore pour les plus jeunes que ne peuvent l’être la drogue, l’alcool et la cigarette réunis!» tonne le professeur Jeffrey L. Derevensky, le directeur du Centre international pour l’étude, le traitement et la prévention du jeu chez les jeunes de l’Université McGill. «Au secondaire, moins d’un jeune sur 10 est tenté par l’alcool, les drogues ou le tabac mais le tiers est déjà tenté par le jeu.»

    La famille
    Jeffrey L. Derevensky rapporte son lot d’anecdotes toutes plus touchantes les unes que les autres. «Ce petit garçon de 6 ans que je traite viens à notre labo un matin et, voyant les vidéopokers, demande s’il peut jouer. Suite à mon refus, il m’explique qu’il sait jouer, que son père l’a initié aux jeux de hasard. Pour appuyer son affirmation il m’explique qu’il est très bon dans un jeu que ses amis font avec lui : en nommant n’importe quel coin de rue dans son quartier, il peut dire combien d’appareils de loteries vidéo (ALV) sont dans le secteur et lequel est le plus près de l’intersection. Des comme ça, J’en vois tous les jours…»

    Les parents ne sont pas toujours conscients des dangers et des conséquences d'une dépendance aux jeux de hasard et d'argent chez les jeunes. «Combien de fois voit-on des parents demandant à leurs enfants de gratter le billet de loto instantanée? La majorité des jeunes avec un problème de jeu excessif ont été initiés au jeu par leur famille, dans une proportion de 68 %, ou par leurs amis, dans 82 % des cas.» C’est donc dire toute l’influence de la famille et de l’entourage dans le développement d’un problème de jeu. Sans même parler de dépendance, le simple fait de s'adonner aux jeux de hasard et d'argent de façon régulière peut engendrer de sérieuses conséquences pour les jeunes, notamment de piètres résultats scolaires et des relations tendues avec les parents et les amis.

    Les dépendances chez les jeunes étudiants : proportion qui consomment des substances hebdomadairement
      Sec.1 Sec.5
    Alcool 7,4% 20%
    Stupéfiants 3,5% 26%
    Cigarettes 7% 31%
    Jeu 30% 37%
    (Source : Centre international pour l'étude, le traitement et la prévention du jeu chez les jeunes de l'Université McGill)
    La pensée magique
    Outre le fait que le jeu pathologique en tant que tel est un problème grave, la croissance de la dépendance au jeu démontre que la société n’est pas encore prête à faire face à ce défi. «Notre société ne croit pas au hasard. Les joueurs compulsifs comprennent mal la nature des jeux de hasard et d'argent. Mathématiquement, il est impossible d’être bon à la loterie vidéo. Les résultats prédéterminés, quand on lance le mécanisme, donne aux joueurs la fausse impression qu’ils ont le contrôle de la situation. On parle alors de pensée erronée» explique Michel Dumont, psychologue et chercheur pour le Centre pour la prévention et le traitement du jeu, de l’Université Laval.

    Les joueurs jouent en raison d'une conception erronée du jeu. Les joueurs continuent d'appliquer les principes de raisonnement de la vie de tous les jours à une situation dominée par le hasard. «Chercher des relations entre les événements dans la pratique des jeux de hasard et d'argent peut mener aux problèmes. Les joueurs en arrivent même à croire qu’ils peuvent déjouer le hasard et que l’élaboration de stratégies augmentera leurs chances de gagner» poursuit le Dr Dumont.

    Que faire?
    «Les jeunes jouent moins pour l’argent que pour des raisons sociales, comme la hausse de l’estime personnelle ou la pression des pairs. Pour un jeune joueur, une bonne journée est celle durant laquelle avec 20 $ il aura joué toute la journée, malgré la perte de l’argent. Une mauvaise journée est celle pendant laquelle 20 $ ne durent que quelques minutes» soutient le professeur Derevensky.

    Les causes du jeu excessif chez les adolescents se trouvent aussi dans les événements de la vie que le jeune ne peut gérer : des difficultés dans les relations interpersonnelles, familles à problèmes, mauvaises notes, etc. «La dépendance au jeu conduit souvent à d’autres dépendances, et dans bien des cas la délinquance, le crime et d’autres types de comportements problématiques surgissent» note encore le professeur Derevensky (petite photo de gauche). «La solution passe donc par la prévention et l’éducation. Bien que le problème soit en pleine croissance, rares sont les parents qui font le lien entre la passion du jeu et les problèmes.»

    Il y a des séances d’information sur les risques de la cigarette, de l’alcool et des drogues, mais peu de choses sont faites pour sensibiliser les jeunes aux dangers du jeu. «Les jeunes ne se rendent compte qu’ils ont un problème que lorsque d’autres, dans leur entourage, arrive au bout du rouleau. Il est souvent trop tard, puisque le mal est déjà fait, poursuit le professeur Derevensky, sans compter que les lois sont peu ou pas appliquées. Il n’y a pas eu encore un seul bar qui a écopé d’une amende, au Québec, pour avoir laissé jouer des mineurs», conclue le professeur Derevensky.

    Participez à notre forum : Devrait-on faire de la prévention sur les jeux de hasard et d'argent, comme cela a été le cas pour la cigarette et l'alcool?




    Pour en savoir plus ...
    •  Premier texte du dossier Jeu compulsif : rien ne va plus
    •  Moi je passe : programme de prévention sur les jeux de hasard et d’argent pour les jeunes du primaire et du secondaire
    •  Comment détecter le problème de jeu chez un proche
    •  Catalogue des organismes québécois s’occupant du jeu compulsif
    •  Traitement du jeu pathologique, Québec
    •  Jeu : aide et références
    •  Le jeu compulsif chez les jeunes (ANG)
    •  Les Gamblers anonymes
    •  Les études du Conseil national du bien-être social sur l’impact social des jeux de hasard et d’argent
    •  Comment détecter le problème de jeu chez un proche





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