Ce serait pour rehausser leur estime personnelle que les femmes font appel aux chirurgies esthétiques, notamment aux augmentations du volume des seins. Les implants mammaires sont en fait tellement populaires que, pour certaines adolescentes, c’est le recours aux services des chirurgiens plasticiens qui les fera devenir la personne qu’elles rêvent d’être.
Deux cas ont défrayé les manchettes ces derniers jours. Le premier est celui d’une jeune Britannique qui aurait reçu des implants mammaires pour ses 16 ans; gracieuseté de sa mère Kay Franklin. Mais le tollé de protestations que la nouvelle a soulevé au Royaume-Uni a modifié la décision maternelle, qui remet au 18e anniversaire de sa fille la pose de nouveaux seins.
Propriétaire d’une entreprise de référence en chirurgie plastique et étant elle-même passée au bistouri plusieurs fois, la mère prétend que c’est là une excellente façon pour sa fille de se sentir bien dans sa peau. La jeune femme, Jenna Franklin, rêve d’implants mammaires depuis qu’elle a 12 ans, parce que les femmes qui ont du succès
ont de gros seins. «Il n’y a qu’à regarder Pamela Anderson ou encore celles que l’on voit à la télé, dont la plupart ont eu des implants, pour se rendre compte que la poitrine est gage de succès» a confié l’adolescente au quotidien londonien The Daily Telegraph.
Le deuxième cas s’est passé au Québec où la Régie de l’assurance-maladie a payé pour les implants d’une adolescente. Refusant tout d’abord d’examiner la requête, voilà que le psychiatre de la demoiselle aurait émis l’avis selon lequel ces implants sont nécessaires pour l’équilibre mental de sa patiente. La RAMQ a donc défrayé les coûts de l’opération. C’est du moins l’histoire rapportée par les médias.
Mais Michel Pelletier, porte-parole de la Régie, affirme qu’«il y a trois critères qui permettent le remboursement des implants mammaires : une ablation suite à un cancer, une asymétrie ou une ablasie (absence de glandes mammaires).»
En d’autres mots, la demoiselle a eu accès aux deniers publics parce que son état le requérait, selon le règlement en vigueur. Dans les trois dernières années, c’est le seul cas de ce genre impliquant une mineure, selon Michel Pelletier. «Il n’est pas question pour nous de payer pour des caprices», conclut le porte-parole.
Augmentez ce sein que je voudrais voir
Selon le docteur André Camirand, un des plus éminents spécialistes nord-américains de la chirurgie esthétique, les augmentations du volume mammaire sont parmi les opérations de chirurgie esthétique les plus en demande. «En fait, c’est entre le quart et la moitié de toutes les opérations, au Canada, qui concernent les implants mammaires. Pour ma part, plus de la moitié de toutes mes interventions sont pour augmenter le volume des seins.»
La popularité de l’augmentation du volume mammaire est telle qu’un bar de la région de Montréal, le Millénium, a même offert comme prix d’un concours, des implants d’une valeur de 5 000 $. La clientèle féminine de la discothèque avait alors augmenté de 20%.
Il est difficile d’obtenir des statistiques précises, mais on estime que près de 4 000 augmentations du volume mammaire sont pratiquées annuellement au Québec. La RAMQ, pour sa part, reçoit entre 2000 et 3000 demandes par année.
En 1999 aux États-Unis, 192 000 interventions pour des implants mammaires ont été pratiquées sur des femmes, soit 20% de toutes les interventions de chirurgie esthétique. Et, selon la Société américaine des chirurgiens plasticiens, entre 1992 et 1999, les implants mammaires ont augmenté de 413%… Finalement, environ 3% de toutes les interventions sont faites sur des adolescentes, lesquelles demandent surtout une reconstruction du nez.
D’un point de vue social, on s’interroge sur le modèle que l’on donne aux jeunes quand on leur dit que l’estime de soi est fonction du corps que l’on a. Cette tendance à accorder autant d’importance à l’image corporelle est une mauvaise nouvelle concernant le type de valeurs que l’on veut inculquer aux jeunes, disent les spécialistes.