Nous y sommes enfin. Les résultats de l'élection présidentielle de Floride donnent Bush gagnant avec 537 voix d'avance sur son rival Gore. Cela devrait mettre fin au suspense, mais Gore tente encore de se faire entendre en Cour suprême pour faire valider tous les résultats manuels. Fort du jugement de la Cour suprême de Floride validant les recomptages manuels, Gore espère bien que le comté de Miami-Dade, fortement démocrate, se verra forcer de reprendre le recomptage.
Ce jugement est d'ailleurs contesté par le gouverneur texan George W. Bush. Celui-ci porte sa cause à la Cour suprême des États-Unis pour faire cesser le recomptage manuel. La cause, entendue le premier décembre, est en quelque sorte un garde-fou contre les prétentions démocrates à vouloir remettre en question les résultats.
Mais les démocrates demandent à la Cour suprême fédérale de rejeter la requête républicaine. La Cour accède cependant à la requête républicaine et les audiences auront lieu le vendredi 1er décembre.
Fausse note pour Gore
Le comté de Miami-Dade a mis un terme au recomptage manuel, puisqu'il est impossible de s'en tenir aux limites de temps imposées par la Cour. Al Gore a déposé une requête en injonction pour forcer le comté à poursuivre le recomptage. Mais la Cour suprême de la Floride a rejeté jeudi après-midi la demande.
C'est un revers majeur pour Gore, puisqu'il y a 10 750 bulletins qui n'ont pas été comptés par les ordinateurs, dans cette région qui penche lourdement pour les démocrates. Le dernier décompte non-officiel, même s'il montre une remontée pour Gore, donne encore une avance de 766 voix à Bush.
Avec toutes ces péripéties, il est de plus en plus probable que le prochain président sera nommé par les tribunaux, à défaut d'entente sur l'inclusion de tous les votes dans le compte final. Par ailleurs, la Cour d'appel de Palm Beach doit statuer sur les plaintes des électeurs qui demandent un nouveau vote présidentiel en Floride.
Ambiance de crise
Essayant ainsi d'éviter une crise politique et juridique majeure, la Cour a justifié sa décision en invoquant le droit de chaque électeur à voir son vote pris en considération.
Cette décision favorisant le vice-président Gore, le gouverneur texan George W. Bush pousse, de son côté, pour une révision des votes des expatriés. On allègue que ces votes ont été injustement écartés du compte final dans les comtés démocrates.
Les républicains affirment qu'ils ont remporté la Floride et que les démocrates essaient de leur voler cette victoire, avec l'aide de la Justice. Signe inquiétant, les partisans de Bush, dans une proportion de 40%, s'opposeraient à la légitimité d'Al Gore comme président. Compte tenu de l'issue serrée du vote, il se pourrait bien qu'une fraction importante de l'électorat ne reconnaisse aucune légitimité au nouveau président, surtout s'il est démocrate.
Ronde légale
Le 20 novembre, les parties républicaines et démocrates ont été entendues dans plus de 19 causes pour tenter de déterminer la façon dont les votes floridiens seront comptés. Les argumentaires faisaient référence à la légalité et, ultimement, à la constitutionnalité des dépouillements manuels, et s'ils devraient être compilés dans les résultats officiels. La secrétaire d'État républicaine Katherine Harris, le Grand Old Party (GOP-Parti républicain) derrière elle, n'en veut pas dans le compte final.
L'électorat divisé
Les Américains, qui ont droit à un incessant bal tragi-comique depuis le 8 novembre, sont prêts, dans une proportion de 51%, à attendre plus longtemps pour la prise en compte de ces résultats tandis que 48% pensent que cela a déjà été trop long.
Le pays est complètement divisé, 49% contre 49%, quant à savoir si la conclusion de cette élection sera équitable ou pas. De même, au vu des résultats jusqu'à présent, ils sont 46% à penser que le candidat démocrate, Al Gore, devrait céder et 46% qu'il devrait continuer la bataille judiciaire.
Pour la Cour, l'essentiel de la délibération consistait à voir dans quelle mesure les droits des électeurs sont respectés advenant divers scénarios et si les résultats des recomptages devraient être inclus dans les résultats finaux. Selon la décision, les Américains auront ou non un nouveau président au plus tard le lendemain du 26 novembre.
Pour en savoir plus sur les multiples rebondissements de l'élection américaine,
consultez notre article La saga des présidentielles.