Quand la Famille Shaw —propriétaire de Corus Entertainment— a fait l’acquisition de ce qui restait de CKAC et de ses stations affiliées dans les régions du
Québec, on a cru sincèrement que la radio parlée allait prendre son envol au Québec, voire même s’accorder
un second souffle.
En pleine expansion aux États-Unis à l’époque, le phénomène de la radio parlée nous promettait des débats musclés. Puis, se greffait à ce nouveau navire amiral, le
concept de nouvelles continues jusqu’alors ici inconnu avec 940 News et Info 690 à Montréal, et Info 800 à Québec. On
faisait aussi l’acquisition de la station 98,5 FM à Montréal et on la revampait en tête de pont du nouveau réseau.
Puis, vint le départ de Pierre Arcand du Groupe Corus pour la politique provinciale, au début de 2007, et l’arrivée de Mario Cecchini, un homme essentiellement
versé dans la vente et le marketing. Dès lors, on assista à la fin de ce qu’on avait pourtant appelé, à l’époque, la plus grande salle privée de nouvelles au Canada. Mirage et illusion. On ferma 940 News, on a vendu Info 800 à Québec et on a mis la hache dans Info 690. On a même tenté de
se débarrasser de l’antenne Corus à Saguenay.
Afin d’augmenter les cotes d’écoute endémiques de certains animateurs et surtout d’engranger des revenus publicitaires plus montréalais et plus payants, on
installa sournoisement dans toutes les régions des émissions radiophoniques telles Dutrizac l’après-midi et on en profita pour tasser des animateurs locaux qui plaisaient aux auditeurs de ces mêmes régions. Durant cette même période récente, on a réussi à éliminer tout ce qu’il y avait de radio parlée crédible en région en se donnant une nouvelle marque de commerce : Souvenirs garantis, où l’on préfère des DJ à des gens d’opinions et de contenu. Approche sournoise qui s’est officiellement transformée récemment en génocide pur et simple de la radio régionale en imposant Paul Arcand partout au Québec. On a tassé Myriam Ségal au Saguenay, flushé Mathieu Beaumont à Trois-Rivières et Louis-Philippe Brûlé à Gatineau. Pour le 98,5 FM à Montréal, il ne reste de la fameuse radio parlée que quatre émissions d’une grille horaire largement musicale et parsemée de «reprises».
DERBY DE DÉMOLITION
Il faut balancer des colonnes de chiffres et rendre des comptes à nos amis de l’Ouest canadien. Voilà ce qui reste d’une radio régionale qui reflétait sa population. Plus rien. Corus aura complété en quelques années un véritable derby de démolition.
Qu’est-ce que les gens de Saguenay, par exemple, vont faire de Paul Arcand autour d’une tasse de café le matin ? Soyons bien clairs, en région ou à Montréal, les gens
aiment Paul Arcand, l’individu et le monument qu’il représente. Là n’est pas la question. Ce que les gens des régions exigent, c’est le respect de leur existence et de leurs particularités. Tout ne tourne pas autour de la planète Montréal. Corus a préféré les profits. C’est normal, il s’agit d’une entreprise privée à but lucratif.
Maintenant que reste-t-il pour les régions ? Très peu. La
prochaine fois que le CRTC accorde des licences, qu’il
s’assure du respect des conditions d’émission. Récemment,
la ministre de la Culture, Christine St-Pierre, a confié à
Dominique Payette les rennes d’une vaste consultation sur l’avenir de l’information. Voilà une opportunité en or d’apporter des solutions durables à cette montréalisation dramatique de nos régions.