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Sheila Copps

Jeunes et gros

Journal de Montréal
26/08/2006 21h41 

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Sheila Copps - Jeunes et gros
 

Cette semaine, deux nouvelles nous rappellent pourquoi notre jeunesse canadienne affronte un grave problème d'obésité. Comme il a été révélé par le Journal, les piscines du Grand Montréal sont fermées en raison d'un taux élevé de bactéries. De son côté, l'Association médicale canadienne (AMC) a publié une nouvelle étude sur les problèmes d'embonpoint qui affectent les jeunes.

L'étude de l'Association confirme ce que nous observons tous rien qu'en déambulant dans la rue. Un jeune sur quatre fait de l'embonpoint, mais neuf parents sur dix ne voient là aucun problème. Du même souffle, une étude de Statistique Canada montre que 30 % des adultes canadiens vivant en zone rurale souffrent d'obésité, contre 20 % en zone urbaine.

Les médias ont bien couvert les sujets, en revanche personne n'a établi de lien entre les deux. Si les piscines locales ne sont pas adéquates pour la baignade, que faut-il alors penser des investissements municipaux dans la santé de leurs concitoyens ? Si la municipalité néglige les normes en matière de récréation, qui s'en chargera ? La réalité exige une stratégie nationale sur l'obésité qui nécessite l'implication de tous les Canadiens, des conseillers municipaux jusqu'aux médecins de famille, des parents jusqu'aux professeurs. Jusqu'ici, chacun travaille dans son coin.

Les médecins entre le public et le privé
À la convention de l'AMC, le principal sujet était la soi-disant comparaison entre les systèmes de soins public et privé. En fin de compte, chaque camp a dû mettre de l'eau dans son vin avec l'élection du nouveau président, le Dr Brian Day, propriétaire d'une clinique privée de Vancouver. Pour calmer les critiques, il a réaffirmé n'avoir jamais soutenu la privatisation. «Ceux qui propagent ce mythe le font délibérément pour déformer à l'extrême ma pensée.» Il poursuit en affirmant qu'il y a une place pour un partenariat public-privé et c'est ce qu'il entend soutenir.

Qui paiera pour contrer le fléau de l'obésité ?

Mais on glissa rapidement sur le principal enjeu, à savoir qui absorbera la facture. Selon les propres calculs de l'AMC, notre système de santé va littéralement s'écrouler sous le fardeau de l'obésité d'ici 20 ans. Bien entendu, la convention s'est davantage penchée non sur la façon d'éviter le problème, mais plutôt sur ce qu'il en coûtera.

Au pays, cette crise de l'obésité devrait sonner l'alarme chez les parents, les professeurs, les politiciens et les responsables gouvernementaux. Pourquoi garnir les coffres d'un système débordé par les cas de diabète, de cancer et de maladies cardiovasculaires quand on investit si peu dans la prévention ? Pourquoi investir des milliards dans le système de soins de santé alors que nos enfants n'ont pas accès à une piscine propre ?

Aux parents qui n'ont pas encore admis que leurs enfants avaient un problème de surpoids, qui le leur dira ? Le bureau du médecin est assurément un bon point de départ. Si l'objectif des médecins canadiens est de repenser les arrangements financiers qui alimentent le régime de soins publics, alors ils devraient mettre de côté leurs stéthoscopes et monter une association de gestionnaires.

Les médecins sont en bonne position pour s'occuper de la crise de santé numéro un au pays. L'étude de l'AMC était un bon début. Avec les parents, les éducateurs et les politiciens, ils pourront certainement élaborer une stratégie nationale pour demeurer en santé. Sur son propre site, l'AMC affirme être le principal lobby à Ottawa. L'Association a même investi dans la recherche sur l'obésité et le tabagisme. L'objectif du Dr Day devrait être de prévenir l'obésité, non de se demander comment la facturer.

Ces dernières années, l'AMC s'est débattue dans le dossier de la privatisation. Pendant cette période, l'obésité a continué d'affecter la santé des Canadiens. Mais l'AMC, plus intéressée par l'argent que par la santé, court le risque d'être perçue davantage comme un groupe de lobbyistes chargé de la rémunération des médecins. Quand les médecins s'autoguérissent...




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