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Franc-parler

Un beau nid de coucous

Journal de Montréal Richard Martineau
05/01/2012 08h46 
 
 

Quand on se regarde, on se désole, mais quand on compare, on se console, dit le proverbe.

Cette expression populaire prend toute sa vérité lorsqu'on observe ce qui ce passe sur la scène politique américaine.

LE CONTRÔLE DE L'ASILE

Avez-vous le nombre de bozos qui, au cours des derniers mois, ont proposé leur candidature pour diriger le Parti républicain ?

On dirait un spectacle de vaudeville (ou un mauvais épisode d'America's Got Talent) avec des jongleurs amputés, des lanceurs de couteaux aveugles et des imitateurs d'Elvis.

Difficile, en regardant cet interminable défilé de freaks et de crackpots, de croire que le GOP a déjà été un grand parti, la famille idéologique d'Abraham Lincoln qui a mis fin à l'esclavage alors que le Parti démocrate (qu'on associe toujours à la gauche, donc aux valeurs «humanistes») défendait farouchement le droit de posséder des êtres humains.

C'est comme si le Parti républicain avait été pris d'assaut par des illuminés.

Comme l'a écrit le commentateur politique Paul Begala dans Newsweek : "L'élite du Parti républicain a créé un monstre. Ils étaient contents d'avoir dans leurs rangs des extrémistes qui voulaient envoyer Clinton en prison ou qui comparaient Obama à Hitler, pourvu que ces populistes les aidaient à gagner les élections.

«Mais maintenant, on a l'impression que les fous ont pris le contrôle de l'asile.»

UNE DROITE GAUCHE

Sarah Palin, Herman Cain, Michelle Bachmann, Newt Gingrich, Rick Santorum, Ron Paul, Rick Perry, Mitt Romney -- on n'avait pas vu un tel rassemblement de «deux de pique» depuis Jersey Shore.

Quand les prétendants au trône républicain ne citent pas la Bible (ou le livre des Mormons), ils veulent ériger une clôture électrique entre les États-Unis et le Mexique, interdire l'avortement et le mariage gai, annuler toutes les règlementations fédérales, etc.

Disons que si j'étais Américain, j'aurais mal à ma droite et ne saurais à quel parti me vouer.

En ouvrant la porte aux extrémistes religieux et idéologiques qui grenouillaient dans les marges de son parti, Bush fils (un «born again christian» qui dit avoir échappé aux affres de l'alcoolisme grâce à une intervention divine) a, comme le personnage principal du Masque de la mort rouge d'Edgar Allan Poe, permis au diable d'entrer dans la maison.

Résultat : le parti s'est radicalisé, passant de défenseur de la droite économique (une prise de position susceptible de séduire les centristes et les démocrates déçus) à champion de la droite morale.

UN CADEAU AU PRÉSIDENT

Ce faisant, les extrémistes du Parti républicain ont peutêtre offert un cadeau inestimable à Barack Obama.

En effet, le président n'est pas dans une situation très reluisante.

L'économie du pays se porte mal, le chômage fait des ravages et les victimes de la crise éprouvent encore de la difficulté à avaler l'idée que les banques ont été sauvées à coups de milliards.

Bref, l'étoile du président pâlit.

Mais à côté des coucous qui font la queue pour diriger le Parti républicain, Obama (malgré sa méconnaissance des rouages économiques, comme l'a dévoilé le livre de Ron Suskind, Confidence Men) a l'air d'un génie.

PAS FORT

Nous saurons à la fin août qui dirigera le GOP. Mais, comme on dit, ça regarde mal...