Avant-hier, dans sa chronique, Isabelle Maréchal disait qu'elle ne comprenait pas pourquoi autant de commentateurs tiraient à boulets rouges sur le sénateur Pierre-Hugues Boisvenu.
«On assiste à une campagne de salissage que je ne m'explique pas, écrivait-elle. Si on avait de la mémoire et qu'on dénigrait moins systématiquement ce que fait Ottawa, on trouverait au contraire que Pierre-Hugues Boisvenu est le meilleur porte-parole que la justice puisse avoir.»
UN THÈME DE DROITE?
Si vous partagez l'avis d'Isabelle Maréchal, je vous conseille fortement de lire l'ouvrage lumineux d'Hervé Algalarrondo, Sécurité: la gauche contre le peuple, qui est paru en 2002 chez Robert Laffont.
Journaliste au Nouvel Observateur, un hebdomadaire d'information de centre-gauche, Algalarrondo affirme que rayon justice, la gauche est complètement déconnectée du peuple. Elle mise sur la réhabilitation alors que le peuple, lui, demande des peines plus sévères.
"Privilégier les causes sociales dans l'explication de la délinquance est une chose, écrit-il. Négliger de la combattre en est une autre. Depuis trente ans, dans la foulée de Mai 68, est apparue une nouvelle culture, l'angélisme, qui a fait du délinquant la première victime de la société. Délégitimant l'idée même de répression.
"Dans l'intelligentsia de gauche, le thème de la sécurité est considéré comme foncièrement de droite, pour ne pas dire d'extrême droite.
«Étrangement, la gauche ne fait pas de la lutte contre l'insécurité une priorité. Alors que ce sont les quartiers les plus défavorisés qui sont les plus touchés.»
PAUVRES AGRESSEURS
Dans La gauche sans le peuple, un pamphlet au titre analogue paru chez Fayard en 2004, Éric Conan, journaliste à l'Express (un autre hebdo de centre-gauche), pose la même question : pourquoi la sécurité est un thème que l'élite associe à la droite alors que les premières victimes de la criminalité sont surtout des prolétaires?
Et, surtout : pourquoi on pleure toujours sur le sort de l'agresseur, jamais sur celui de la victime ?
"Quand un délinquant renverse une auto ou met le feu à un commerce, on demande de tenir compte du contexte social dans lequel il a posé son geste. Mais quand un petit commerçant qui en a ras le bol de se faire cambrioler et de vivre dans la terreur s'arme, il n'a droit, lui, à aucune excuse.
«La délinquance de défense n'a pas la légitimité de la délinquance d'agression.»
DES ACTES INACCEPTABLES
Je ne suis pas un grand fan de Stephen Harper. Je ne comprends pas sa fixation sur la Reine, par exemple, et n'aime pas son penchant militariste.
Mais de là à le dépeindre comme le diable, il y a une marge.
Les lologues disent qu'il n'y a aucun lien entre la sévérité des peines infligées aux condamnés et le taux de criminalité. Peut-être.
Mais on ne donne pas des peines sévères pour «réhabiliter» les criminels et les remettre dans «le droit chemin».
On donne des peines sévères pour envoyer un message clair : à savoir que dans une société de droit, les crimes graves sont inacceptables.
Tu violes et tu tues ? Tu vas être sévèrement puni. Comme disait le philosophe allemand Hegel : «La punition est un devoir pour la société.»
richard.martineau@journalmtl.com