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Tirer la plogue

Journal de Montréal Richard Martineau
17/11/2011 08h44 
 
 

Ainsi, une équipe d'experts mandatés par la Société royale du Canada (un organisme qui a été mis sur pied pour promouvoir le savoir et la recherche) recommande au gouvernement fédéral de décriminaliser l'euthanasie volontaire et le suicide assisté.

Tout cela est bien beau, mais peut-on discuter des façons dont on encadrerait cette pratique avant d'aller plus loin?

DOCTEUR DEATH

Car contrairement à ce qu'affirment certains tenants de la liberté individuelle («C'est mon corps, j'ai le droit d'en faire ce que j'en veux»), des dérapages, il y en a eu, et plusieurs.

Je pense bien sûr à Jack Kevorkian, le fameux docteur Death, qui offrait un service de «mort assistée» à domicile.

Vous étiez déprimé et vous vouliez en finir ? Vous n'aviez qu'à appeler le bon docteur, qui se pointait dans votre chambre à coucher avec son kit mortel.

Pas de diagnostic, aucun test psychologique, rien : pour ce brave commerçant mort en juin dernier, le client avait toujours raison, et si un jeune homme d'apparence tout à fait correcte jugeait qu'il voulait passer l'arme à gauche, libre à lui, c'était sa décision.

Payez-moi, appuyez sur le bouton, et faites de beaux rêves pendant que je cours à l'autre bout de la ville aider une mémé oubliée de tous à partir sur le bout des pieds, sans déranger personne.

LES MALADES MENTAUX AUSSI

Mais je pense aussi à Dignitas, cet organisme «humanitaire» suisse qui permet à ses clients de partir en douceur en buvant un cocktail maison.

«Le but de mon organisme, a dit son fondateur, Ludwig Minelli, est de permettre aux gens souffrant de douleurs physiques ou de douleurs mentales atroces et impossibles à guérir de mettre fin à leurs jours.»

C'est ainsi qu'il y a quelques années, Dignitas a permis à un frère et une soeur schizophrènes d'une trentaine d'années de se suicider en toute «dignité» dans ses locaux.

«Les malades mentaux peuvent être totalement sains par moments, d'expliquer Minelli. Si dans ces moments, ils décident après avoir tout tenté pendant des années qu'ils ne veulent plus de cette existence, s'ils viennent avec les documents médicaux qui montrent que toutes les thérapies ont échoué, alors ils ont aussi le droit d'en finir.»

À quand le suicide assisté pour les trisomiques ou les bipolaires?

EN DERNIER RECOURS

Et puis, c'est bien beau, le «droit» et la «liberté», mais les gens qui veulent en finir avec la vie ne prennent pas cette décision dans l'abstrait. Ils vivent dans un contexte particulier.

S'ils veulent mourir, c'est peut-être parce que rien ne les retient à la vie, qu'ils sont seuls, qu'ils n'ont pas accès à de bons traitements.

Avant d'ouvrir la porte au suicide assisté, pourrait-on, s'il vous plaît, améliorer les soins apportés aux personnes gravement malades ?

Je sais, ça coûte plus cher qu'un verre de Kool-Aid pimenté au penthiobarbital de sodium, mais ça peut avoir des résultats autrement plus intéressants.

MON INQUIÉTUDE

C'est ce qui m'inquiète, dans tout ce débat. La possibilité bien réelle et pas du tout farfelue qu'on commence à soutenir le suicide assisté pour des motifs humanitaires, mais qu'on finisse par le faire pour des motifs économiques.

richard.martineau@journalmtl.com



 
 


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