L'autre jour, à TFO, j'ai pu revoir l'extraordinaire film de Marco Ferreri, La Grande bouffe, l'histoire de quatre bourgeois blasés qui s'enferment dans une maison avec des tonnes de victuailles et qui mangent jusqu'à en crever.
Cette fable grinçante sur la société de consommation (qui avait fait scandale au Festival de Cannes) est sortie en salles en 1973, mais elle est encore plus actuelle aujourd'hui qu'à l'époque.
En effet, rarement l'homme occidental n'a été aussi obsédé par la nourriture que ces temps-ci.
Éloge de la cuisine
Avez-vous vu le nombre de livres de recettes qui sortent chaque mois? Hallucinant.
Le plus ironique, dans toute cette histoire, c'est que la majorité des études affirment que les gens ne prennent plus le temps de cuisiner! On achète des mets préparés, congelés...
À quoi servent tous ces livres, alors?
Probablement à rêver. On contemple avec envie ce qu'on pourrait manger si on passait moins de temps à courir, à travailler ou à regarder la télé...
Dans La vie de qui?, son autobiographie, le chorégraphe français Maurice Béjart rend hommage aux cuisines: «La cuisine est un lieu où l'on parle, où l'on se dit des vérités, des mensonges, des histoires drôles, des choses désagréables et des choses sensées ou insensées, écrit-il.
«Il y a vingt ans, j'ai loué une grande maison isolée, pleine de chambres, où j'avais invité des amis. Malgré la piscine, la mer, le jardin, on se retrouvait tous ensemble dans la cuisine, à midi, et on discutait pendant des heures, alors qu'il faisait soleil dehors et que la cuisine était plutôt sombre, mais cette cuisine nous attirait, nous hypnotisait et, finalement, nous rapprochait.»
Un moment de silence
Voilà pourquoi on prend autant de plaisir à feuilleter des livres de cuisine, selon moi: ce n'est pas la bouffe en soi qui nous intéresse, mais tout ce qui l'entoure, c'est-à-dire la famille, les amis, les discussions, les fous rires, les enfants qui courent en grignotant des bouts de pain, l'odeur de la soupe...
Bref, tout ce qui fout le camp, tout ce qui nous manque, tout ce qui est menacé à cette époque hystérique qui ne jure que par l'individu, la performance, la vitesse, la fuite en avant.
Dans Pieds nus dans l'aube, Félix Leclerc écrit: «Lorsque nous étions réunis à table et que la soupière fumait, maman disait parfois: «Cessez un instant de boire et de parler. Regardez-vous.» Nous nous regardions, sans comprendre, amusés. «C'est pour vous faire penser au bonheur», ajoutait- elle.»
Aujourd'hui, nous sommes isolés chacun dans notre coin, le nez plongé dans un livre de cuisine pour essayer de revivre ces moments perdus.
Triste.
Miam miam
Parlant de bouffe...
Il y a quelques semaines, je vous disais que j'avais loué une maison près d'un village où l'on trouvait le meilleur saumon fumé au monde.
Plusieurs gourmands m'ont écrit pour savoir où ils pouvaient goûter cette merveille.
Vous trouverez le saumon fumé Gosselin au marché Tradition, situé au 17, rue Principale, à Frelighsburg, dans les Cantons de l'Est, à quelques minutes de la frontière américaine.
Profitez-en pour acheter aussi des Kleenex, car lorsque vous prendrez votre première bouchée, vous verserez des larmes de bonheur...