En ce dimanche, que diriez-vous si on prenait congé de l'interminable débat sur la corruption pour parler de la famille? Il me semble que ça ferait changement. Après tout, ce n'est pas parce que le Québec souffre d'un cancer généralisé que le monde s'est arrêté de tourner...
Les mamans-poules
Il y a quelques jours, le pédiatre Aldo Nouri a lancé un livre-choc sur la famille intitulé Les belles-mères, les beaux-pères, leurs brus et leurs gendres.
Pour ceux qui ne le connaissent pas, Nouri est un pédiatre controversé qui ferait passer le Dr Jean-François Chicoine pour un adepte de la rectitude politique. Au fil des ans, il a attaqué autant les enfants-rois que les parents irresponsables, qui sont incapables de faire preuve d'autorité et qui remettent toujours à l'État la charge d'élever leurs marmots.
Cette fois, Aldo Nouri tire à boulets rouges sur les mères. Selon lui, les sociétés occidentales ont «instauré un matriarcat dégoulinant d'amour qui retarde la maturation des enfants».
Non seulement les mères modernes étouffent-elles les enfants, mais elles ont évacué le rôle du père.
Séparer la mère et l'enfant
Pour Nouri, le rôle premier du père n'est pas de changer des couches ou de donner le biberon (c'est-à-dire d'être une deuxième maman), mais d'extraire sa femme «du gouffre de la maternité dans lequel elle risque de se complaire».
Bref, de rappeler à son épouse qu'elle n'est pas qu'une maman, mais aussi une femme.
La mère et l'enfant ont tendance à fusionner, rappelle le pédiatre. Rien de plus normal - après tout, la mère a porté son enfant dans son ventre pendant neuf mois, elle le voit comme une excroissance d'elle-même.
Mais au lieu d'encourager cette fusion, le père doit au contraire instaurer une distance entre ces deux êtres, sortir l'enfant des jupes de sa mère, mais aussi sortir la mère des couches de son fils.
Femmes passe-partout
Il suffit de passer un après-midi dans un parc d'enfants pour se rendre compte que Nouri n'a pas entièrement tort.
Combien de femmes qui étaient coquettes avant leur grossesse s'habillent comme si elles étaient des personnages de Passe-Partout, une fois qu'elles ont enfanté?
Pantalons bouffants, chandails sans forme, salopettes colorées qui semblent tout droit sorties de la garde-robe d'un clown - elles ne sont plus des femmes, mais des mamans asexuées qui passent leur temps à parler de caca et d'allaitement...
Sexiste, comme remarque? Pas pour Nouri. Au contraire, dit-il, c'est rendre un immense service à la mère de ses enfants que de lui rappeler qu'elle n'est pas qu'une machine à donner du lait et des câlins.
Parole au père
Aldo Nouri veut aussi qu'on redonne aux pères la place qui leur revient. «Mères, faites en sorte que le type à côté de vous retrouve l'usage de la parole...»
Le père représente l'autorité, dit-il. Or, de nos jours, le concept d'autorité est stigmatisé. Tout ce qui compte, maintenant, c'est le plaisir, le confort.
«On vit dans les dimensions féminines du temps, dit Nouri. On a cru pouvoir éradiquer les inégalités entre les hommes et les femmes en effaçant la différence entre les sexes. Nous avons eu tort.»
Gageons qu'il ne se fera pas que des amies...