Connaissez-vous Actuel? Ce magazine contre-culturel français a révolutionné le monde des
imprimés dans les années 70-80.
Je ne manquais jamais un numéro.
Chaque mois, Actuel me jetait par terre avec ses reportages
flyés, ses entrevues-chocs et ses photos hallucinantes.
On aurait dit Paris-Match sur l’acide.
Vieux à gogo
Le directeur d’Actuel, un millionnaire excentrique
nommé Jean-François Bizot, caressait un rêve: publier un
magazine branché pour «les vieux».
Les vieux d’aujourd’hui, disait-il, ne ressemblent pas aux
vieux d’hier, ils sont actifs, curieux, ils ont fumé du pot et
écouté Frank Zappa, ils ne passent pas leur temps à tricoter
ou à regarder par la fenêtre.
Malheureusement, Bizot est mort avant de pouvoir accoucher
de son projet.
Or, bonne nouvelle: des anciens collaborateurs d’Actuel
ont décidé de reprendre le flambeau et de mener ce projet
avorté à terme.
La revue est sortie il y a quelques jours, à Paris. Elle s’appelle
Schnock. Et c’est mon coup de coeur de l’année.
La belle époque
Au sommaire: un reportage sur le vieux rockeur Eddie
Mitchell, un hommage à Charles Aznavour, une rétrospective
des films de Joël Séria (réalisateur libertaire spécialisé
dans les navets érotiques remplis de dialogues salaces à la
San Antonio) et une entrevue savoureuse avec le truculent
comédien Jean-Pierre Marielle.
Bon, c’est très franco-français, mais j’adore le ton, l’humour
et le côté «vieux anar des années 70 qui s’ennuie de la
belle époque où l’on pouvait parler de sexe, d’alcool et de tabac
sans qu’un spécialiste en sarrau blanc n’entre dans la
pièce et ne nous fasse une leçon sur les MTS, la cirrhose du
foie et le cancer du poumon»...
Les vrais marginaux
Pourquoi une revue pour les vieux schnocks?
Parce que pour les fondateurs de ce magazine, les véritables
esprits libres de notre époque ne sont pas les jeunes,
mais les vieux. Ce sont eux, les vrais marginaux, les vrais
anarchistes.
Contrairement aux jeunes, qui sont gangrénés par le «politically correct» et qui appellent Greenpeace dès qu’ils
voient quelqu’un écraser une fourmi, les vieux se foutent
des idées à la mode et n’ont pas peur de dire le fond de leur
pensée.
Ils n’ont rien à perdre.
Ils décapent, ils défrisent, ils brassent la cage et grimpent
dans les rideaux.
Vous n’êtes pas d’accord? Ils s’en torchent.
Le Robin des banques
Je reçois plusieurs lettres par jour. Et je peux vous dire
que les plus défrisantes sont écrites par des personnes
âgées.
Vous trouvez que j’ai un franc-parler? Vous devriez lire
ce que les aînés m’écrivent. Ayoye.
Ça vous décroche la mâchoire.
Ces gens-là n’ont pas de frein, pas de filtre.
Il y a quelques jours, j’ai eu le privilège de manger avec
Yves Michaud, le Robin des banques, et sa formidable
épouse Monique.
Des bulldozers dans des gants de velours.
À côté de ces deux-là, les jeunes altermondialistes ont
l’air de petits toutous dégriffés.
Monsieur Michaud a plus de «front» que l’aile jeunesse
du PQ au grand complet.
C’est mon schnock préféré.
Les dents pointues
À quand une revue semblable pour le troisième âge?
Après tout, ce n’est pas parce qu’on porte des dentiers
qu’on ne mord plus.