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La chronique de Richard Martineau

La guerre ordinaire

Journal de Montréal
21/03/2010 08h43 
 
 
La chronique de Richard Martineau - La guerre ordinaire
 

C'est cette semaine qu'a commencé The Pacific, la nouvelle minisérie de Tom Hanks et Steven Spielberg sur la Deuxième Guerre mondiale.

Autant Band of Brothers, sur la campagne européenne, m'avait bouleversé, autant le premier épisode de cette reconstitution de la guerre du Pacifique m'a laissé sur ma faim.

On dirait une Minute du patrimoine...

PAS DES HÉROS

Si, comme moi, vous êtes fasciné par cette période de l'Histoire tout en étant allergique au cliché du «soldat laconique qui verse une larme en regardant le drapeau de son pays claquer au vent», je vous conseille de lire Ils ont écrit la guerre, de Sébastien Vincent, publié chez Vlb éditeur.

Enseignant à la Commission scolaire Marguerite-Bourgeoys (pourquoi n'ai-je jamais eu un prof comme ça?), ce jeune homme nous propose des extraits de lettres, de car-nets et de journaux intimes écrits par des combattants canadiens- français lors de la Deuxième Guerre.

Le résultat est passionnant.

On se rend compte que ces soldats n'étaient pas des héros à la Private Ryan: juste des gars ordinaires qui essayaient de survivre.

L'ENFER

«Nous étions en août 1944 et nous n'avions pas pris de bain de-puis le début juillet, raconte un lieutenant. Les poux, la gale s'étaient installés malgré nos habits de combat enduits de désinfectant. Nous avions des ampoules aux pieds, nos ongles d'orteils, pourris dans des chaussons qui tombaient en lambeaux, puaient la charogne. On avait l'air de condamnés à mort...»

«Le système nerveux de certains de nos hommes n'étant pas assez solides pour résister, la peur les avait rendus fous, écrit le caporal Côté. L'un d'eux pleurait comme un enfant et de gros sanglots secouaient son corps de la tête aux pieds. L'autre, étouffé par des convulsions nerveuses, se roulait par terre. Le spectacle était pitoyable. Il ne nous restait qu'à fumer et à prier...»

«La rotule d'un de mes genoux tremblait sans arrêt, même quand je l'empoignais solidement, avoue le sergent Juteau. Il n'y avait pas d'erreur, j'avais peur. Une peur viscérale, qui me rivait les fesses pour m'empêcher de tout lâcher. J'avais beau me raisonner, j'avais peur. Je tremblais et ce n'était pas de froid.»

On est loin de John Wayne!

LA CHAIR DE POULE

J'ai lu beaucoup d'ouvrages sur la Deuxième Guerre (Cornelius Ryan, Stephen Ambrose, John Lukacs) et je peux vous dire que cet essai fait partie des grands livres du genre.

On a l'impression d'être à côté des soldats, de sentir leur haleine, d'entendre leur voix trembler lorsqu'ils dénoncent avec colère l'incompétence de leurs supérieurs, «avec leurs pantalons bien pressés, la figure violacée par l'abus de cognac, qui nous regardaient de haut et nous trouvaient bien malodorants pour leurs narines sensibles».

«Mon capitaine a continuellement la chair de poule, écrit un soldat. Pauvre diable! Dans les moments dangereux, on ne le voit plus. Ça me dégoûte, tous les gars sont dégoûtés. On ne peut pas compter sur nos officiers, ils sont inutiles...»

RENDRE LE PASSÉ VIVANT

Je ne peux vous dire à quel point j'ai adoré ce livre. S'il était Américain, Sébastien Vincent ferait le tour des émissions de télé et son livre serait un best-seller.

Malheureusement, il est né dans une province qui doit écrire «Je me souviens» sur ses plaques d'immatriculation pour se rappeler de ne pas oublier...



 
 


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