Après les «mères indignes», qui ont pris la plume pour dégonfler le mythe de la maman parfaite(et vanter les vertus apaisantes de l’alcool), c’est maintenant au tour de Biz, du groupe Loco Locass, de dire qu’il a détesté se réveiller en pleine nuit pour sécher les larmes de son fils d’un an.
Heureusement que les jeunes d’aujourd’hui n’ont qu’un
ou deux héritiers.
Vous les imaginez, vous, avec douze marmots, comme dans le temps ?
Ils finiraient comme Jack Nicholson dans The Shining. En train de courir après leurs enfants, une hache dans chaque main.
PASSE-MON-TOUR
Dans Dérives, un roman autobiographique publié chez
Leméac, Biz (qui a eu un enfant en 2006) n’essaie pas de
polir son image. Il dit avoir souverainement détesté les
trois premières années de sa vie de papa.
«J’aurais bien voulu être un père exemplaire et dévoué,
écrit-il, mais ça s’est révélé au-dessus de mes forces.
Littéralement. Pendant trois ans, j’ai été fourbu,
impatient, irritable et carrément malheureux.»
On a beau penser ce qu’on veut de ce genre d’exercice, reste que ça prend un certain culot pour écrire ces lignes.
Car Passe-Partout a beau avoir tiré sa révérence en 1998, nous vivons toujours à l’ère de l’enfant-roi. Dire
qu’on n’aime pas changer des couches, en 2010, c’est comme dire qu’on crache sur les quêteux ou qu’on donne des jambettes aux aveugles : ça ne se fait pas.
Il suffit de lire les messages que j’ai reçus sur mon blogue pour s’en rendre compte :
«Biz dit qu’il veut bâtir un pays. Comment peut-on bâtir un pays avec des gens qui ne sont pas même capables de prendre soin de leur enfant ? Je n’en reviens pas à quel point les gars sont femmelettes !»
«Biz est un grand parleur et un petit faiseur.»
«Comme les gars de son âge, Biz est un adolescent,
incapable de prendre ses responsabilités.»
LA PHASE FÉDÉRALISTE
Personnellement, j’ai toujours eu de l’admiration pour
les personnalités publiques qui dévoilent leurs faiblesses.
Ça change des vedettes botoxées aux dents trop blanches.
Ce n’est pas ce que vous voulez, de l’authenticité ?
Quand un artiste est trop propre, vous le roulez dans la
boue. Quand il montre sa vulnérabilité, vous l’accusez
d’exploiter son malheur.
Faites-vous une idée !
Moi, j’ai bien aimé le livre de Biz. Parce qu’il aurait pu s’attaquer à un sujet plus consensuel pour son premier
roman. Et parce qu’il mêle parfaitement l’intime et le
social, l’individuel et le collectif.
Comme quand il parle de la phase du «Non» de son fils,
qu’il appelle sa «phase fédéraliste» !
«C’est quand même fascinant que la première étape du
contrôle d’un humain sur son environnement soit le
pouvoir du bâton dans les roues, écrit-il. On découvre
très tôt la joie d’emmerder les autres en bloquant leurs
projets.»
«On commence sa vie en disant non. Pas surprenant
que ce soit si difficile de dire oui à l’âge adulte.»
LA FACE CACHÉE
Tous les jours, à la télé, on nous dit que c’est fantastique d’avoir un enfant, que ça nous comble, que ça donne un sens à notre vie.
Vous ne trouvez pas ça rafraîchissant que certains
parents nous montrent aussi la face cachée du soleil ?