J'aimerais revenir sur le documentaire-choc La domination masculine, du réalisateur belge Patric Jean, qui traite du grand retour des phallocrates.
Primo, parce que c'est un documentaire qui brasse la cage (et que j'aime les gens qui ont le courage de leurs opinions). Et secundo, parce qu'il m'est arrivé un petit événement dont j'aimerais vous parler...
UN DOCUMENT BIAISÉ ?
Hier midi, à l'émission que j'anime à LCN, j'ai consacré une douzaine de minutes à ce documentaire. Je recevais le réalisateur (qui était au bout du fil) et Jean Julien, un militant du groupe Fathers-4 Justice.
Première question au réalisateur :
«Ne trouvez-vous pas que votre film suinte la mauvaise foi ? Les masculinistes que vous avez interviewés disent des énormités, que le féminisme est un crime contre l'humanité, que les féministes sont des nazies, etc. Mais j'aurais pu faire EXACTEMENT la même chose avec le clan adverse !»
«J'aurais pu mettre une caméra devant des féministes extrémistes (comme Andrea Dworkin, qui a déjà dit que toute pénétration vaginale, même consentie, est un viol), les faire parler pendant une heure, isoler leur affirmation la plus tordue, mettre tous ces extraits d'entrevues bout à bout et dire : »Regardez, toutes les féministes sont des cracks-pots !«»
Il me semble que la question se pose, non ? Après tout, quand on fait un film provocateur, comme se vante monsieur Jean, il faut s'attendre à ce que les gens réagissent, sinon on reste chez soi et on fait des tartes.
Eh bien, monsieur le réalisateur n'a pas apprécié. Alors, pas du tout.
DIALOGUE DE SOURDS
Non seulement s'est-il dit surpris de ma réaction (comme si j'étais la première personne à se poser la question en regardant son pamphlet cinématographique...), mais il a pris le mors aux dents. Tout le long de la rencontre, il n'a cessé de couper la parole à l'autre invité, de parler quand monsieur Julien parlait, il n'écoutait pas, etc.
À la fin de cette conversation cacophonique, Patric Jean a même envoyé un message à la recherchiste disant qu'il était outré et qu'il allait boycotter TVA.
Pour un gars qui dénonce les dominateurs, disons que c'était assez savoureux, merci. J'avais l'impression que l'homme ne prenait aucune critique, qu'il était fermé à tout dialogue et que la seule posture qu'il acceptait de la part de ses interlocuteurs était... la soumission à ses idées.
LES INTOUCHABLES
Loin de moi l'idée de défendre les masculinistes. Il suffit de lire la chronique que je leur ai consacrée le 9 décembre dernier pour se rendre compte que peu de chroniqueurs ont été aussi durs envers eux.
Mais, bon, peut-on débattre, s'il vous plaît ? Peut-on confronter des points de vue divergents ?
N'est-ce pas le but d'un film comme La domination masculine : susciter des réactions, lancer le débat, jeter de l'huile sur le feu ?
Toujours la même chose...
On a le droit de critiquer les patrons, JAMAIS les syndicats.
On a le droit de tirer à boulets rouges sur les masculinistes, JAMAIS sur les féministes.
On a le droit de critiquer les hommes, JAMAIS les femmes.
L'AUTRE INTOLÉRANCE
Pour Patric Jean, les masculinistes «rêvent tous de renvoyer les femmes à leurs casseroles».
C'est aussi gros que de dire : «Les féministes veulent toutes couper le zizi des hommes».
C'est aussi bête, aussi intolérant...