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La chronique de Richard Martineau

La soumission féminine

Richard Martineau
25/01/2010 08h20 
La chronique de Richard Martineau - La soumission féminine
 

La domination masculine, le documentaire du réalisateur belge Patric Jean sur les relations hommes-femmes, a pris l'affiche la semaine dernière dans certaines salles du Québec.

Comme vous le savez probablement, ce film féministe (qui ferait passer Simone de Beauvoir pour Serge Gainsbourg) brosse un portrait extrêmement dur du mâle contemporain.

On y entend des masculinistes dire que le féminisme est un crime contre l'humanité, on y voit Léo Ferré affirmer que les femmes ne sont pas intelligentes; un jeune homme nous dit qu'il s'est fait allonger le pénis pour pouvoir enfin «marcher la tête haute», etc.

Bref, l'homme y est dépeint comme un grand singe qui ne pense qu'avec sa queue, un monstre qui n'a qu'une idée en tête: dominer et asservir la femme.

MLES ALPHA RECHERCHÉS

Les entrevues que le cinéaste a réalisées avec des masculinistes québécois ont beaucoup fait jaser et avec raison: ces machos nostalgiques de «la belle époque» où les femmes restaient à la maison et torchaient leurs petits disent des énormités hallucinantes (du genre: «les féministes sont des nazies, des talibanes »)...

Mais ce qui m'a particulièrement marqué, ce sont les déclarations des filles.

Patric Jean profite d'une séance de speed dating pour demander à des femmes quels types d'hommes elles recherchent.

«Des hommes ambitieux, répondentelles, protecteurs, dominants, riches...»

Pas des hommes aimants, gentils, courtois, non: des mâles alpha, qui roulent les mécaniques et qui ont un portefeuille gros comme ça.

LA LOI DU MARCHÉ

Remarquez, ce n'est pas la révélation du siècle.

Tous les hommes savent que les femmes recherchent des mâles protecteurs, c'est un secret de polichinelle vieux de plusieurs milliers d'années, il suffit de voir le nombre de belles filles qui sortent avec des monstres bourrés de fric pour se rendre compte qu'il n'y a rien comme le pouvoir pour faire craquer les femmes.

Mais c'est la première fois que je vois des filles l'avouer haut et fort.

«Nous, on ne veut pas des hommes roses. On veut des mâles qui sont situés tout en haut de l'échelle sociale...»

L'écrivain Michel Houellebecq ( Extension du domaine de la lutte, Les particules élémentaires) a raison: l'idéologie néolibérale déteint sur tout, même sur les relations hommes-femmes.

Dans le sexe, comme dans l'économie, ce sont les puissants, les riches et les forts en gueule qui remportent la mise.

Les autres (les timides, les faibles, les pauvres) sont condamnés à la solitude et à la masturbation.

Il n'y a pas de place pour les Ovide Plouffe du monde entier dans le lit de Claudia Schiffer.

LES FEMMES PRÉFÈRENT LES GINOS

Oui, les gars veulent montrer à tout le monde qu'ils sont puissants, dit Patric Jean. Ils jouent toujours à qui est le plus fort, qui pisse le plus loin...

Mais s'ils sont autant obsédés par leurs couilles, c'est peut-être parce qu'ils savent que les femmes fuient les hommes qui n'en ont pas!

«Nous avons les politiciens que nous méritons», dit l'adage.

Idem pour les relations hommes-femmes.

S'il y a autant d'hommes dominateurs, c'est peut-être parce qu'il y a beaucoup de femmes qui aiment se faire dominer.

Si les femmes ne préféraient pas les ginos, les machos, les Camaros, pour citer le groupe Zébulon, les hommes changeraient peut-être de disque et rouleraient peut-être un peu moins les mécaniques...





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