«Le PQ est de retour», a clamé Pauline Marois hier. Quand on regarde la nouvelle plate-forme du parti, qui met à l'avant-plan la défense du fait français et la réaffirmation des «valeurs fondamentales du Québec» (c'est-à-dire la laïcité et l'égalité homme-femme), on a effectivement envie de dire au PQ :
«Bon retour, les amis ! Ça fait longtemps qu'on vous attendait! Où étiez-vous, pendant tout ce temps? Déposez votre manteau, assoyez-vous, faites comme chez vous !»
«Comme vous voyez, la maison est exactement comme vous l'avez laissée quand vous êtes partis. L'ADQ a essayé de tenir le flambeau de l'identité pendant votre absence, elle a fait ce qu'elle a pu avec les moyens du bord, mais on est contents en maudit de voir que vous ne nous avez pas oubliés !»
DES CHIFFRES ET DES LETTRES
Après des années à parler d'argent, de péréquation et de points d'impôt, le PQ revient à son principal cheval de bataille : le discours identitaire.
Certains déploreront ce retour aux sources. Après tout, c'est important l'économie, surtout quand on traverse une crise majeure et que notre dette frôle les 172 milliards de dollars.
Tout à fait d'accord. Mais l'argent n'est pas une fin, c'est un moyen. Si vous avez de l'argent dans vos poches, mais que vous ne savez pas qui vous êtes, vous n'irez pas loin.
Et puis, quoi qu'en pense Jean Charest, un gouvernement n'est pas obligé d'être monomaniaque. On peut marcher et mâcher de la gomme en même temps! Ce n'est pas parce qu'on s'occupe d'économie qu'il faut reléguer le discours identitaire aux oubliettes.
On peut à la fois parler de chiffres ET de lettres, de maths ET de français.
LE VIEIL ÉPOUVANTAIL
Maintenant que le PQ est subitement sorti de son coma (mieux vaut tard que jamais), que va faire le PLQ ? Comment va-t-il réagir ?
Il va sortir son vieil épouvantail, et dire que le PQ défend une vision passéiste, archaïque et frileuse du Québec.
Comme si on ne pouvait pas parler d'identité tout en étant ouverts, accueillants, généreux. Comme si le discours identitaire était nécessairement un discours d'extrême droite !
Alors que c'est tout le contraire...
C'est parce que les formations politiques de centre ne parlent plus d'identité nationale que les partis d'extrême droite renaissent de leurs cendres en Europe. C'est parce que les intellectuels modérés ont abandonné cette question pourtant cruciale que les démagogues anti-immigration trouvent un tel écho auprès de la population.
LA MORT DU PÈRE NOËL
Hier, de passage à l'émission de Jean-Luc Mongrain, à LCN, la ministre Christine Saint-Pierre nous a donné un bref aperçu du discours alarmiste que va nous servir le gouvernement Charest au cours des prochains jours.
En brandissant le flambeau de la laïcité, le PQ a déclaré la guerre à la religion, a laissé entendre la ministre de la Culture et de la Condition féminine. Si ça continue, on va bannir les chapelles dans les foyers pour personnes âgées et on ne pourra plus fêter Noël...
Je ne sais pas ce que vous en pensez, mais quand on commence à vouloir faire peur aux vieux et à annoncer la mort du Père Noël pour faire pleurer les enfants, c'est qu'on est à court d'arguments et qu'on se sent acculé au pied du mur.
PLACE AU DÉBAT
Avec le repositionnement du PQ, le discours sur l'identité est sorti de l'arène médiatique et fait son entrée officielle sur la scène politique.
Ça risque d'être intéressant...