La semaine dernière, j'écrivais que le cheik Ekrima
Sabri, une personnalité influente de l'Islam
sunnite qui a appuyé publiquement l'instauration
d'une loi permettant aux maris de violer leur
femme, allait prononcer un discours à Montréal.
Je vous disais que j'allais vous tenir au courant de ce qui
s'est passé.
Eh bien, savez-vous combien de gens ont assisté à l'événement?
Entre 400 et 500 personnes. Comme on dit, c'est du monde
à la messe.
Et combien de gens se sont pointés pour manifester leur
désaccord devant la venue de cet homme à Montréal?
Zéro.
LA TÊTE DANS LE SABLE
Imaginons que ce n'est pas le cheik Ekrima Sabri qui
était venu à Montréal, mais un haut dignitaire de l'Église
catholique - un évêque ou un cardinal, par exemple. Mettons
que le bonhomme avait déjà affirmé haut et fort que les
hommes mariés ont le droit de violer leur femme quand
celles-ci refusent d'avoir des relations sexuelles.
Pensez-vous que la venue de cet intégriste
catholique serait passée inaperçue? Bien sûr que non. On l'aurait attendu
avec une brique et un fanal, et
on se serait indigné du fait qu'un organisme
ait décidé d'inviter un tel énergumène.
Regardez ce qu'on a fait quand le pape
a osé parler du condom en Afrique.
C'est juste si on n'a pas démantelé la
Croix du mont Royal!
Mais quand une personnalité influente
du monde musulman qui appuie
des thèses rétrogrades et misogynes
vient à Montréal et parle devant 500 fidèles qui l'accueillent
comme une rock star, on ne dit pas un mot.
Pourquoi? Le sexisme serait-il plus acceptable quand il
porte un turban?
DE LA PETITE BIÈRE
Je ne suis pas le seul à trouver que nous avons l'indignation
sélective. Le 23 mars dernier, le philosophe français
Alain Finkielkraut commentait la réhabilitation de l'évêque
négationniste Richard Williamson par le pape Benoit XVI.
Voici ce qu'il a dit:
«Je ne pense pas que l'on puisse me suspecter d'avoir le
moindre soupçon d'indulgence ou de complaisance envers
cet évêque intégriste et négationniste, mais je dois constater
que ses propos ont fait scandale dans les pays catholiques et
que le Vatican a réagi.
«Mais quand un personnage très influent de l'Islam sunnite
comme Youssef al-Qardaoui fait l'apologie de Hitler et
affirme qu'il faut infliger un châtiment divin aux Juifs, où
est la protestation dans la communauté musulmane? Où est
même la demande d'explication? Nulle part.
«Pourtant, les propos de Richard Williamson, c'est de la
petite bière à côté de ces propos-là qui ont un écho et qui ne
sont pas désavoués là où ils devraient l'être.»
OÙ EST LA SÉCURITÉ?
Hier, mon confrère Joseph Facal racontait comment une
quarantaine de syndiqués du Journal de Montréal sont entrés
au HEC et ont perturbé une de ses classes.
Je ne commenterai pas la décision des syndiqués d'emmerder
des étudiants qui ne leur ont rien demandé et qui
n'ont rien à faire dans ce conflit. Vous savez ce que j'en pense.
Je veux seulement poser une question: voulez-vous me
dire comment un groupe de perturbateurs peut entrer
SANS AUCUN PROBLÈME dans une université et faire irruption
dans une classe?
Que faisait la sécurité du HEC?
Poly et Dawson, les boys, ça ne vous dit rien?