Depuis ce mercredi noir de la semaine passée, on se demande bien ce qui a pu pousser Kimveer Gill à entrer dans le Collège Dawson en tirant partout. Depuis cinq jours, tout y passe.
C'est les jeux vidéos.
Non, les parents.
Ou la sous-culture gothique.
N'oublions pas la musique death metal.
Et les armes, évidemment.
On a oublié quelque chose, les amis.
La loi 101 !
Samedi, Jan Wong a écrit dans le Globe and Mail un long papier décrivant le drame de Dawson. Un long papier, bien écrit, poignant, même. Mais Jan Wong cherche une raison, une explication, elle aussi, pour expliquer Dawson. Au risque de tomber dans l'ésotérisme, elle a écrit :
«Ce que les gens de l'extérieur ne savent pas, c'est à quel point les décennies de luttes linguistiques sont aliénantes dans cette ville autrefois cosmopolite. Ces luttes n'ont pas seulement affecté les anglophones de souche mais également les immigrants. Évidemment, les trois tueries (Polytechnique, Concordia et Dawson) étaient l'oeuvre de types mentalement dérangés. Mais ce qui est également vrai, c'est que dans les trois cas, les agresseurs n'étaient pas des «pure laine» (Marc Lépine a pris ce nom après avoir vécu sous celui de Gamil Gharbi : son père était Algérien), une expression québécoise pour «pur» francophone. Ailleurs, parler de pureté raciale est répugnant. Mais pas au Québec.»
Phoque !
Puis, plus loin, cet énorme décret :
«Oui, M. Lépine détestait les femmes, M. Fabrikant détestait ses collègues et M. Gill détestait tout le monde. Mais tous trois avaient été marginalisés dans une société qui chérit les pure-laine.»
Phoque ! Les tueurs de Poly, de Concordia et de Dawson se sont donc rebellés, dans un certain sens, contre le Québec blanc et francophone ?
N'importe quoi...
Hier, j'ai parlé à Mme Wong. Une dame fort gentille, qui a grandi à Montréal dans les années 1960. Ma première question : Avez-vous des preuves de ça, Jan ? Que les trois fous ont été marginalisés, ici ? Que ceci explique cela ? Que les batailles linguistiques poussent les immigrants, ou leurs fils, à virer sur le top ?
La réponse est non. Jan Wong n'a pas de preuves. Pas d'études de spécialistes en immigration. Pas de déclaration de sociologues. Rien. «J'essaie de faire des liens, de comprendre, m'a-t-elle dit. Et dans les trois cas, Lépine, Fabrikant et Gill, aucun n'était un pure-laine. Alors je fais la suggestion qu'il y a peut-être un lien...»
Une suggestion ? Allons, Jan, allons...
- Puis-je suggérer que vous ne suggérez pas, Jan ? Vous décrétez...
- Yes. C'est vrai...
Wong m'a parlé de la loi 101 qui a, dit-elle, «aliéné les gens», qui les «a mis dans des boîtes», qui «a enlevé des libertés» aux Québécois.
- La loi 101 est donc en partie responsable de Dawson, Jan ?
- Oui...
J'étais renversé. Indigné, aussi, qu'on fasse ainsi passer une impression comme un fait inattaquable. Une affirmation aussi grossière à propos, disons, des ventes de G-strings aux femmes portant des burqas en Afghanistan aurait sans doute fait l'objet d'une méticuleuse vérification au Globe and Mail. Mais on ne parle pas de l'Afghanistan, ici. On parle du Québec, alors what the hell, hein...
Dans un certain Canada, il fait bon écrire, et entendre, que les Québécois sont foncièrement plus intolérants, plus renfermés et, finalement, let's say it like it is, plus racistes que les autres Canadiens...
Et qu'importe si Gill a écrit sur son blogue que le Québec était une place pas si pire où vivre...
Mme Wong, elle, était convaincue qu'il y a un problème d'intégration des immigrants. De Toronto, elle m'a dit, comme si c'était un fait, encore : «Au Québec, vous avez inventé un terme, les allophones, pour décrire ceux qui ne sont ni anglais ni français ! Ça dénote un malaise...»
J'ai dit à la columnist que le mot allophone est dans le dictionnaire. C'est pas made in Quebec. C'est dans Le Robert.
Il y a eu un silence. Puis Mme Wong a dit, surprise : «Vraiment ?»
N'importe quoi.
Avez-vous des preuves de ça ?