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Marco Fortier

Une «harmonie» qui fausse


02/08/2008 08h01 - Mise à jour 02/08/2008 08h28

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Marco Fortier - Une «harmonie» qui fausse
 

PÉKIN | Sur la place Tiananmen, au coeur de Pékin, un cadran géant compte les jours, les heures, les minutes et les secondes avant le début des Olympiques. Comme si les Chinois attendaient ce moment depuis 5000 ans.

Des touristes venus de partout au pays se font photographier devant le tableau du compte à rebours olympique en brandissant le signe de la victoire, sous l'oeil attentif d'un immense portrait de Mao.

Devant moi, des dizaines de policiers en uniforme vert font sentir leur présence en claquant des pieds. Les flics font partie des meubles ici, mais plus les Jeux approchent, plus ils se rendent visibles. Ils sont plus de 230 000 -- presque autant que de visiteurs étrangers attendus! -- pour assurer «l'harmonie» durant les Jeux.

«L'harmonie», les amis. Ici, ça veut dire la loi et l'ordre. Les Chinois ont intérêt à marcher les fesses serrées. Les autorités prennent les grands moyens pour montrer Pékin sous son meilleur jour. Tout, tout, tout a été pensé pour transformer la ville olympique en carte postale et pour que les étrangers se sentent «comme chez eux».

La plus grande dictature de la planète a fait subir une transformation extrême à sa capitale, au coût de 43 milliards de dollars. Il faut que ça se sache : le gouvernement s'arrange pour que les 21 000 journalistes accrédités pour les Jeux montrent le «progrès», les immenses boulevards bordés de gratte-ciel, comme à New York, où les BMW et les Audi frôlent les vélos à toute vitesse.

Grand nettoyage

Pour s'assurer que les médias braquent leurs caméras sur «l'harmonie», les autorités ont nettoyé la ville. Ils ont renvoyé chez eux, dans la campagne chinoise, tous ceux qui pourraient ternir le portrait de famille: des milliers de travailleurs de la construction, marchands itinérants, masseuses, mendiants ou récupérateurs de plastique ont été mis en congé forcé.

Ils étaient pourtant sympathiques, les récupérateurs de bouteilles, avec leurs vélos chargés de poches hautes comme une maison...

«Le gouvernement élimine tout ce qui faisait le charme de la ville», se plaint une restauratrice française qui veut rester anonyme, par crainte de perdre son permis.

Des dizaines de petites terrasses improvisées, sur les trottoirs, ont été fermées. Des bars célèbres pour leurs concerts enflammés, comme le Salud, se font talonner pour cause de bruit. La police sort des boules à mites des règlements qui n'étaient jamais appliqués, sur le port du casque à mobylette, par exemple. L'harmonie, les amis. Imaginez, les restaurants doivent même offrir une section pour non-fumeurs ! Si le gouvernement le dit...

Par ici les slogans

Une campagne de propagande sans précédent souligne à gros traits la joie et l'allégresse des Chinois à la veille des Olympiques. Rien n'est laissé au hasard. Rien.

Pour encourager les athlètes, plus de 800 000 volontaires «ont été entraînés à exécuter une routine en quatre pas tout en récitant des slogans faciles à apprendre», nous informe le China Daily.

Un guide du spectateur modèle indique aussi aux gens quand applaudir durant les compétitions et comment s'habiller et rappelle avec justesse qu'il est interdit de se dévêtir au stade.

Une vaste campagne pour le civisme invite les Pékinois à ne pas cracher par terre, à se montrer courtois, à parler moins fort en public. Les 90 000 chauffeurs de taxi de la ville ont été encouragés à apprendre quelques mots d'anglais. Et dans le métro, on entend les directives d'abord en anglais, langue incomprise par la vaste majorité de la population.

Une escouade spéciale a envahi le métro pour inciter les usagers à faire la file. Une jeune agente m'a même ordonné de me tasser de 35 centimètres vers la gauche, «sur la petite ligne blanche», pour attendre le train.

Évidemment, dès l'arrivée du métro, les lignes d'attente se brisent et les gens jouent du coude, comme d'habitude, pour se ruer dans les voitures bondées. Bienvenue dans ce pays où il y a toujours trop de monde partout.

Vous savez quoi? J'ai l'impression que les Chinois n'avaient pas besoin de toutes ces directives pour se montrer accueillants. D'après ce que j'ai vu ici depuis deux semaines, les Pékinois sont tout naturellement ouverts, patients, gentils avec les étrangers.

Vous ne les entendrez jamais chialer contre ces ordres venus d'en haut et qui leur compliquent la vie. «Le peuple a le devoir de soutenir les Jeux», m'ont répété en choeur tous les Chinois que j'ai rencontrés. Quelle harmonie !






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