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CHRONIQUEURS
Lise Payette

La droite et les femmes

29/03/2007
Les politiques de la droite, où que ce soit dans le monde, n'ont jamais favorisé l'avancement des femmes. Elles ont plutôt tendance à les cantonner dans le rôle traditionnel de mère au foyer plutôt que de les encourager à développer leur plein potentiel en dehors des stéréotypes connus. Lundi dernier, en quelques heures, le nombre de femmes à l'Assemblée nationale du Québec est passé de 30 % à 23 %, effaçant une partie de l'effort surhumain des femmes au cours de 40 dernières années.

Le PLQ présentait 35 % de femmes lundi dernier, le PQ, 32 %. Ce n'était pas le Pérou. Mais l'ADQ s'est distinguée en ne présentant que 20 % de femmes. Le résultat, c'est que sur 125 députés qui siégeront au Salon de la race, il n'y aura que 29 femmes. Au total. Un recul.

Une source de richesse

C'est un article signé par Éric Desrosiers dans Le Devoir, commentant un article de la revue britannique The Economist, qui m'a permis de comprendre pourquoi le rôle des femmes était si important dans le développement de notre société.

Nos brillants hommes politiques (Mario Dumont en tête qui est, paraît-il, économiste) n'ont pas entendu parler de ce que les journalistes spécialisés en Grande-Bretagne appellent le «womenomics», ce phénomène découlant de la présence des femmes en si grand nombre sur le marché du travail et qui permet à certains pays de développer de la richesse là où d'autres stagnent. Cet article affirme que les femmes peuvent être un moteur puissant de croissance économique grâce à leur présence sur le marché du travail.

Au Québec, depuis 1976, le nombre de femmes sur le marché du travail est passé de 46 à 72 %. Malgré le fait que leurs salaires sont encore moins élevés que ceux des hommes, les femmes dans le monde contribuent pour 40 % du PIB des pays développés. Les femmes ont plus contribué à l'augmentation du produit intérieur brut mondial que ne l'ont fait les nouvelles technologies ou les nouveaux géants chinois et indiens réunis. On peut donc affirmer qu'elles ont produit plus de richesse que les autres facteurs de croissance.

Et ce sont ces «faiseuses de richesse collective» que Mario Dumont veut renvoyer à la maison avec un faramineux salaire de 100 $ par semaine par enfant. Suivant en cela l'exemple de générosité de Stephen Harper qui s'est arrêté, lui, à 100 $ par mois en affirmant vouloir valoriser le travail des femmes au foyer de cette façon.

L'économie du savoir

Le monde progresse vers l'économie du savoir. Les femmes, sans jamais se décourager, ont acquis la connaissance et vont bientôt posséder la majorité des diplômes. Le nombre de femmes dans les conseils d'administration des entreprises n'augmente pas assez vite, mais là où ça existe, on constate que ça favorise une meilleure performance à long terme.

Une étude du Forum économique mondial a établi en 2004 un lien direct entre le PIB par habitant d'un pays et le degré d'égalité entre les sexes qu'on y pratique. À la lumière de cet éclairage, l'Assemblée nationale du Québec est plus pauvre depuis lundi dernier. Et le Québec aussi.

On prétend volontiers que si une nation veut des enfants, il faut encourager les femmes à rester à la maison. C'est faux. Les pays où on fait le plus d'enfants sont les pays où une majorité de femmes sont sur le marché du travail : la Suède et les É.-U. Dans des pays comme le Japon, l'Italie ou l'Allemagne, où le rôle traditionnel de la mère est valorisé, le taux de fécondité est parmi les plus bas.

Les femmes, n'en déplaise aux politiciens de droite, sont la principale source de développement économique encore sous-utilisée sur la planète. Dixit The Economist et Éric Desrosiers, sans qui cette réalité nous aurait échappé. Ça remonte le moral.

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