Il est sans doute impossible d'être nuancé dans l'affaire du Moulin à paroles. Mais j'ai toujours eu un faible pour les causes désespérées.
Selon le ministre Sam Hamad, lire publiquement le manifeste du FLQ, c'est faire l'apologie de la haine et du terrorisme. Le journal La Presse a aussi, évidemment, déchiré sa chemise.
On l'a assez dit : un peuple mature doit assumer la totalité de son passé. Le FLQ en fait malheureusement partie. Effacer les parties du passé qui dérangent est le propre des dictatures. Tout dépend donc de la façon dont la chose est soulignée.
LE TON JUSTE
Souligner un événement avec la sobriété et la retenue que son horrible nature commande est une chose. L'exalter, le glorifier, l'ennoblir en est une autre. Tout est affaire de mise en scène ici. Ce sont les extrêmes qui sont à proscrire : la négation, la banalisation ou la légitimation.
Certains fédéralistes se demandent pourquoi des souverainistes qui se sont opposés avec tant de véhémence à la reconstitution de la Bataille des plaines d'Abraham ne voient aujourd'hui rien de répréhensible dans le projet du Moulin à paroles. Justement, ce qui était choquant, l'été dernier, n'était pas que l'on souligne la défaite des Plaines, mais la manière dont on se proposait de le faire : sur le mode léger, ludique, festif, en se déguisant et en jouant aux petits soldats. Je n'aurais eu aucun problème à ce que des colloques ou des débats sur l'interprétation à donner à l'événement soient organisés. Tout est toujours dans la manière.
HISTOIRE
Mon questionnement est ailleurs : quel est le but exact poursuivi par ceux qui ont eu cette idée de faire lire le texte felquiste ? On peut voir la chose de deux façons.
Une fois, j'ai demandé à mes étudiants ce qu'avait été la crise d'Octobre 1970. Silence sépulcral. Puis, l'un d'entre eux risqua: est-ce que ce ne fut pas la première hausse brutale du prix du pétrole ?
L'ignorance de notre histoire est abyssale chez les jeunes. C'est d'ailleurs l'un des atouts majeurs du camp fédéraliste. Si cet événement leur fait connaître une page importante de notre histoire, même si elle est sordide, ce n'est peut-être pas une mauvaise chose. Disons que ça se plaide.
D'un autre côté, René Lévesque pensait que rien ne faisait plus de tort au mouvement souverainiste que d'être associé, de près ou de loin, à ceux qui prônaient la violence ou la cautionnaient. Le FLQ a d'ailleurs failli tuer le PQ en offrant aux fédéralistes un amalgame de rêve. Il suffit de lire la biographie que Pierre Duchesne a consacrée à Jacques Parizeau pour s'en convaincre.
Les souverainistes ont encore besoin de convaincre de 10 à 15 % du peuple pour constituer une majorité. Cette frange à conquérir est faite, on le sait, de gens hésitants et craintifs. Voir le spectre du FLQ revenir hanter le souverainisme ne doit pas être de nature à les attirer.
Y a-t-il ici matière à scandale? Non. Faut-il annuler l'événement ? Non. Mais si le but était de faire progresser une option qui piétine, évoquer lourdement le FLQ n'était sans doute pas l'idée du siècle.