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La chronique de Joseph Facal

D'la belle visite

Joseph Facal
08/06/2009 10h39 

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Je vous avais prévenus qu'on n'allait pas s'ennuyer avec Michael Ignatieff.

Il vient de nous confirmer que la reconnaissance du Québec comme nation n'a aucune portée concrète. Le Québec dispose selon lui de tous les pouvoirs qu'il lui faut et n'a aucune raison de se plaindre.

Ceux d'entre nous qui lissent depuis longtemps le fiel qu'il déverse dans ses livres sur tous les nationalismes, sauf le canadien, n'en sont évidemment pas sur-pris.

Remarquez, Pierre Elliott Trudeau écrivait à répétition des choses ignobles sur son propre peuple, et cela n'a jamais empêché les francophones du Québec de voter massivement pour lui.

Nous aimons particulièrement les coups de pied au cul quand ils nous sont donnés par un des nôtres.

UNE CAMPAGNE DE PUB

Non, mon étonnement vient d'ailleurs. Depuis quelques semaines, les troupes de Stephen Harper font circuler sur Internet et au Canada anglais une astucieuse publicité sur le chef libéral. On en parle trop peu.

Oui, je sais, vous faites la fine bouche. De la pub négative, ce n'est pas gentil. Surtout si elle vient de ces conservateurs honnis.

Mais examinez plutôt son contenu, qui est rigoureusement vrai.

DES FAITS

Elle rappelle que monsieur Ignatieff a quitté le Canada à la fin des années 60 et n'y est revenu qu'au début des années 2000, expressément pour se lancer à la conquête de la fonction de premier ministre.

Trente-quatre ans à l'étranger, des années pendant lesquelles il a manqué tous les événements importants qui ont fait de ce pays ce qu'il est : la Crise d'octobre, le

rapatriement de la Constitution, Meech, trois référendums, le libre-échange, etc.

«IL» ARRIVE

Repensez-y :trente-quatre ans !! Vous, lecteur, où étiez-vous il y a trente-quatre ans ? René Lévesque n'était PAS ENCORE premier ministre du Québec! Et monsieur Ignatieff n'était pas à l'étranger pendant cette éternité par exil involontaire comme le Dalaï-Lama, ou pour fuir la pauvreté comme tant d'immigrants, mais par choix.

Et après être parti d'ici pendant l'essentiel de sa vie adulte, il y revient, à la fin de la cinquantaine, dans l'unique but d'y conquérir la seule fonction digne de sa hauteur que ce pays peut lui offrir!

Lui-même confirme d'ailleurs que le Canada ne lui manquait guère, sauf Algonquin Park, et qu'il espérait que l'Université Harvard le reprendrait si sa petite fantaisie canadienne ne tourne pas comme il l'espère. Noir sur blanc.

IMAGINEZ

Qu'on ne vienne pas me dire que je reproche à quelqu'un d'avoir voyagé à travers le monde. Pas du tout.

J'ai quitté l'Uruguay il y a trente-neuf ans. Imaginez un peu la tête des gens là-bas si j'y retournais maintenant pour leur dire : «Coucou, c'est moi, de retour après toutes ces années ! Coudonc, le job de Président est-il disponible ? Mais vous savez, il n'y a que les plages de Montevideo qui me manquaient, et si vous ne voulez pas de moi, j'espère que HEC Montréal va me reprendre.»

Retour à monsieur Ignatieff. Il y a des trajectoires de vie si étranges qu'elles sont comme des fenêtres sur une personnalité, vous ne pensez pas ? Au moins, la question se pose, me semble-t-il.






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