Montréal reprendrait le contrôle absolu sur le Québec, la région de Québec serait à nouveau exclue des cercles du pouvoir et les régions excentriques tout autant.
Stephen Harper a nommé au conseil des ministres Josée Verner, Lawrence Cannon, Jean-Pierre Blackburn, Christian Paradis (en remplacement de Maxime Bernier) et le sénateur Michael Fortier comme tuteur de Montréal. Stéphane Dion pourrait numériquement faire contrepoids en choisissant parmi Denis Coderre, Pablo Rodriguez, Irwin Cotler, Marlene Jennings, les nouveaux venus Denis Paradis (qui tente un retour), Justin Trudeau le mal-aimé et l’astronaute Marc Garneau. Seul Denis Paradis (frère de Pierre, député libéral provincial de Brome-Missisquoi) est un régional. Tous les autres représentent déjà ou sont candidats dans des circonscriptions de l’ouest de l’île de Montréal ou à forte concentration allophone.
Dans la région de Québec, la candidature libérale la plus intéressante est celle de Me Jean Beaupré dans Louis-Hébert, mais il devra d’abord supplanter le député conservateur sortant, Luc Harvey. Celui-ci l’a emporté par une petite poignée de votes en 2006 sur le bloquiste sortant, Roger Clavet. L’ex-ministre- vedette libérale Hélène Scherrer a recueilli 12 000 votes de moins que ces deux derniers en 2006. Me Beaupré n’a pas une côte à remonter; il doit escalader l’Everest et il est victime de l’impopularité maladive de Stéphane Dion à Québec.
On ne trouve pas vraiment de candidats «ministrables» et qui ont des chances sérieuses d’être élus à l’extérieur des régions de Montréal, de l’Estrie et de l’Outaouais.
Sous tutelle
C’est donc dire que Québec et les régions du «Québec profond» seraient à nouveau placées sous la tutelle d’un ministre montréalais qui n’aurait que des contacts sporadiques avec les élus municipaux, les dirigeants des organismes de développement économique, ceux des universités et des centres de recherche locaux et même les médias de ces vastes territoires. C’est ce que nous avons connu sous le régime Chrétien, jusqu’à l’accession pour un an de la députée de Louis-Hébert Hélène Scherrer au Conseil des ministres de Paul Martin, en 2003. La région de Québec avait même été confiée pendant un temps à Alfonso Gagliano, afin de calmer la grogne des décideurs locaux, qui se plaignaient de ne pas avoir une oreille à Ottawa.
Le pouvoir à Toronto
Par ailleurs, aucun député québécois n’appuyait Stéphane Dion lors de la dernière campagne à la direction du Parti libéral du Canada.
Ceux qui ont le plus de rayonnement, Denis Coderre et Pablo Rodriguez par exemple, pilotaient la campagne de Michael Ignatieff. Ils sont certes incontournables et ils auraient une place au sanctuaire, mais ils ne détiendraient certainement pas des ministères de premier plan dans un gouvernement Dion. Les ministères clés seraient tous entre les mains d’Ontariens. Stéphane Dion devrait en plus sa courte victoire à l’Ontario. Ses retours d’ascenseur se feraient vers Toronto, en prévision d’une nouvelle élection générale précipitée et sûrement pas vers le Québec et la région de Québec qui lui tournent le dos.
Favoriser l’élection d’un gouvernement minoritaire libérale, c’est choisir Toronto de préférence à Québec.