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Charest le lucide

J.-Jacques Samson
30/03/2010 16h48 
Charest le lucide
 

QUÉBEC - Les Québécois réclamaient un grand ménage dans les dépenses du gouvernement. Celui promis mardi par Jean Charest est le plus important entrepris depuis la Révolution tranquille, il y a 50 ans.

Ce budget spectaculaire pourrait même être la bouée de sauvetage dont M. Charest avait besoin, alors que son gouvernement se noie sous les accusations de corruption et d’entorses à l’éthique et à la moralité politique.

Plusieurs mesures contenues au plan de réduction des dépenses sont populistes, comme le gel des salaires des élus, la suspension des primes au rendement pour deux ans ou une réduction de 25 % des coûts de déplacement. Leur impact financier sera marginal sur un budget de 65,5 milliards, mais elles auront un effet certain sur les individus touchés. Elles contribueront à briser la culture de dépenses inconsidérées qui s’est installée dans la haute fonction publique et à la direction des sociétés d’État.

D’autres engagements peuvent par contre avoir une portée réelle de longue durée si la volonté exprimée mardi demeure. C’est le cas pour la réduction de la taille de l’appareil administratif et la révision de tous les programmes gouvernementaux de dépenses. Ramener la croissance des dépenses de 4,5 % en moyenne depuis 2003 à 3,2 % cette année et à 2,8 % en 2011-2012 sera un remarquable tour de force, si ces objectifs sont atteints. Cela suppose une véritable remise en question cette fois de tous les programmes. Nous entendrons des hurlements de souffrance dans les tours de la colline parlementaire.

Des remous

Si les réductions de dépenses seront chaudement applaudies par une majorité dans la population, l’effort financier additionnel demandé aux citoyens pour revenir à des budgets équilibrés dans quatre ans provoquera à coup sûr des remous sociaux.

L’annonce de hausses des frais de scolarité universitaire en 2012 engendrera à elle seule une nouvelle mobilisation des étudiants. Les hausses de la TVQ et de tarifs susciteront aussi de la grogne. On peut redouter d’autres douloureuses surprises du côté de la tarification. La coûteuse franchise sur les services de santé est une brèche historique qui ébranle les fondements du régime. Il fallait toutefois y venir.

Une nouvelle hausse probable de 1,5 cent le litre d’essence pour financer le transport collectif à Montréal et Québec est par ailleurs un mauvais choix. Il pénalise un grand nombre de travailleurs qui, pour diverses raisons, doivent utiliser leur véhicule. Les gouvernements cèdent à répétition devant les groupes écologistes qui militent pour l’utilisation forcée du transport en commun, un poste budgétaire en croissance débridée à tous les paliers gouvernementaux.

À l’inverse, l’incursion dans le champ des redevances sur l’eau est bien timide, compte tenu des besoins actuels de nouveaux revenus.

25 ans plus tard

En plus des vaches sacrées abattues, y compris une hausse à compter de 2014 du tarif du bloc patrimonial d’électricité, réclamée à hauts cris par les lucides, 28 organismes seront abolis ou fusionnés.

La réingénierie de l’appareil de l’État, promise par Robert Bourassa en 1985 puis par Jean Charest en 2003, est enfin enclenchée. Vingt-cinq ans après les recommandations du rapport du ministre Paul H. Gobeil. Monique Gagnon-Tremblay était alors jeune débutante au conseil des ministres. Mardi, la doyenne était si emballée d’être chargée de cette «révolution culturelle» qu’elle se sentait rajeunie… de 25 ans.





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